Annette : opéra rock tragique et flamboyant

CRITIQUES COURTES

Thomas Cordet

3/11/20262 min read

8 juillet 2021, UGC Ciné Cité Bordeaux. Dès les 5 premières minutes, je savais que j‘allais voir quelque chose de mémorable. Leos Carax ouvre son film d’une manière peu conventionnelle, mais honnêtement, qui ne s’y attendrait pas lorsqu’on sait qui est derrière la caméra. Un certain Jacques Audiard semblerait même s’en inspirer pour Emilia Pérez. Vous vous souvenez de l’interlude musical dans Holy Motors ? Avec cette ouverture, et par la suite tout au long du film, Carax prouve une nouvelle fois qu’il sait réaliser des scènes musicales, et je dirais même plus : qu’il les maîtrise.

Au bout de 30 minutes, je commence à comprendre qu’Adam Driver allait briller et emporter mon cœur par la même occasion. Sur les planches du théâtre, il bénéficie de tout l’espace nécessaire pour exprimer l’étendue de son talent, et Carax le sait : il lui donne les plus longues prises pour nous le montrer.

On arrive au bout de la première heure. C’est maintenant certain, je suis embarqué. Annette est enfin là, certaines musiques originales sont déjà prêtes à tourner dans ma tête pendant les prochains mois, l’originalité du cadrage et du montage, rythmé par ces fameux zooms et ces plans en plongée inclinée typiques du réalisateur… Et comme si ce n’était pas assez, les thèmes de l’amour, de la famille et tant d’autres sont décrits avec justesse et élégance par la mise en scène. Tout est là, je suis cinématographiquement comblé. Rien, a priori, ne pourrait me permettre d’aimer ce film encore plus.

… Mais c’était sans compter sur la scène finale.

Deux heures. Annette et son père. Ce dialogue chanté déchirant en finit de cimenter l’indéniable virtuosité du réalisateur, tandis que l’orchestration des Sparks atteint l’apogée de sa puissance émotionnelle. Le générique de fin s’invite comme un moment suspendu, pendant lequel Leos Carax et ses acteurs nous remercient comme ils nous ont accueillis deux heures plus tôt (un hommage final non sans rappeler Résurrection, dernier coup de maître de Bi Gan). La boucle est bouclée.

Quelle chance de vivre ce film sur grand écran, l’été 2021, peu après la réouverture des salles de cinéma. Avec Annette, le cinéma revit, éternel, en une ode tragique et colorée.

Thomas Cordet