Shelby Oaks de Chris Stuckmann, le nouveau protégé de Flanagan
CRITIQUE NOUVEAUTÉS
Kassandre Lou Vinatier
12/3/20254 min read
Une youtubeuse disparue depuis 12 ans, d’étranges vidéos qui refont surface, une petite fille au cauchemars plus vraie que nature, une femme prête à tout pour retrouver sa soeur, en bref, le parfait mélange pour un bon film foundfootage de folk horror.


Écrit par Chris Stuckmann et tourné en un mois, Shelby Oaks était voué à n’être qu’un petit film d’horreur indépendant. Mais c’était sans compter sur l’arrivée de NEON, géant américain de la production et de la distribution cinématographique qui, flairant un potentiel carton au box-office, injecte une somme colossale pour que Stuckmann revoit ses ambitions à la hausse. On peut trouver dans leur catalogue des succès internationaux tels que Parasite de Bong Joon-oh, Anora de Sean Baker, Un simple accident de Jafar Panahi ou encore Anatomie d’une chute de Justine Triet. C’est d’ailleurs par ce biais que Flanagan entre en scène en tant que producteur exécutif.
Mais qui est Mike Flanagan? C’est LE réalisateur d’horreur de ces dernières années. Parmi ses réalisations les plus célèbres on peut citer les série The haunting of Hill House & Bly Manor, La chute de la maison Usher ou encore Sermons de minuit et les films Doctor Sleep et Ouija: les origines. Alors avoir Flanagan qui s’implique (de près ou de loin) dans son premier film d’horreur, c’est inespéré. Mais revenons à Shelby Oaks.




Premier point très intéressant, la narration et la manière dont elle est portée à l’écran. Le film s’ouvre sur un documentaire retraçant l’affaire de la disparition des Paranormal Paranoids, un groupe d’enquêteurs du surnaturel. On passe d’images d’archives, à des segments de JT de l’époque, à des interviews des proches et notamment Mia, la sœur de l’une des disparus. C’est très bien fait et on en vient à se demander si le film est tiré d’une histoire vraie et si l’on regarde des extraits authentiques. Ce procédé narratif vole en éclat avec l’arrivée d’un personnage qui (et là, GROS SPOILER) se tire une balle devant Mia. Le documentaire s’arrête, le générique se lance, le “vrai” film commence. Ce faux documentaire permet de mettre en place le background de l’histoire de manière habile et sans dialogues explicatifs lourdingues et absolument pas naturels. Le reste du film oscille entre narration en temps réelle et souvenirs sous la forme de vidéos de famille et de found footage.


En général, les visuels sont plutôt beaux et travaillés. Il y a quelques plans empreints de beaucoup de symbolisme qui viennent donner un côté presque poétique au film. Les décors sont parfaitement faits et peuvent être caractérisés comme personnages à part entière. L’ambiance angoissante et cafardeuse du film semble coller à la peau du spectateur sans même que les personnages aient à parler. L’univers et son aspect visuel ancrent vraiment l’histoire dans un monde sombre et maléfique. Du point de vue purement esthétique, de la forme, c’est un bon film. Mais quant est-il du fond?
Et bien, ce ne sera pas une révolution cinématographique. L’histoire est assez bateau avec quelques facilités scénaristiques criantes. On devrait savoir maintenant que de se rendre dans une prison désaffectée au milieu de la nuit et seule, c’est jamais une bonne idée… mais Mia tente le coup “au cas ou”. Le pitch du film pourrait correspondre à une centaine d’autres films du même genre. La forêt, la cabane perdue au milieu de nulle part, la vieille folle qui vit seule, etc… C’est du vu et revu. Est-ce que ça veut dire que c’est mauvais? Non. Mais est-ce que ça veut dire que c’est bon?


Le plus gros problème du film, n’est pas dans le film en lui-même. C’est tout cet engouement médiatique que la participation de NEON a provoquée. Le marketing poussif axé sur le “renouveau de l’horreur” avec des trailers à n'en plus finir, fait oublier aux spectateurs ce qu’est Shelby Oaks à l’origine; le premier long-métrage d’un passionné de cinéma qui fait des critiques sur youtube. Et pour un premier film, c’est pas mal.
Globalement, pour la fan d’horreur que je suis, j’ai passé un bon moment devant Shelby Oaks. Alors oui, on voit arriver les jumpscare et autres retournements de situations de loin et oui, ce n’est pas le film le plus original du genre horrifique. Mais il reste néanmoins bien exécuté, avec une bonne performance niveau acting et quelques idées de mise en scène intéressantes pour les personnages maléfiques. Si Stuckmann continue dans cette voie, il pourrait bien nous réserver de belles surprises à l’avenir.
En attendant le nouveau projet du réalisateur, Shelby Oaks c’est à voir ou à revoir en salle.
Kassandre Lou Vinatier
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