Revoir Paris d’Alice Winocour
CRITIQUE ANCIENS FILMS
Enzo Beaufort
11/26/20255 min read
Comment faire fiction d’un drame qui a meurtri la France? C’est un défi auquel a fait face Alice Winocour en réalisant Revoir Paris en 2022, période de procès pour les attentats de Paris du 13 novembre 2015, il y a 10 ans. La réalisatrice s’est notamment inspirée de l’histoire de son frère, qui a vécu ces attentats et ce traumatisme, pour la réinjecter dans son film.
L’histoire suit Mia (Virginie Efira), traductrice exerçant à la radio, qui un soir de pluie battante un 13 novembre, se réfugie dans un restaurant parisien pour s’abriter. Elle y croise un homme fêtant son anniversaire, interprété par Benoît Magimel. Ils échangent un regard. Et très vite, le chaos de l’attaque. Les cris. Mia survit et commence alors le récit d’une reconstruction et d’une volonté de se souvenir des évènements de ce soir-là pour tenter d’avancer.
Après le drame, la réalisatrice filme son actrice, parcourant les rues de Paris à moto, dans l’espoir de se souvenir de cette soirée. Elle reverra Thomas, l’homme sui fêtait son anniversaire ce soir-là, et dont la jambe est meurtrie. Ce drame va les réunir, inévitablement, mais va aussi briser le lien entre Mia et son mari. Parce que c’est aussi cela qu’évoque Revoir Paris à travers l’histoire de Mia, c’est le délitement des relations avec les proches qui peut parfois surgir après un tel traumatisme.


La relation entre Thomas et Mia atteint un tournant lors d’une scène d’une grande sensibilité, où les deux personnages, brisés par l’horreur qu’ils ont vécu, se dénudent et découvrent leurs cicatrices, marques physiques de leurs fragilités. Cette scène n’est pas de la séduction, c’est une recherche de chaleur humaine, une réparation mutuelle basée sur la compréhension de l’autre et de ce qu’il a traversé. Mia retrouve la mobilité de son corps, resté figé après les évènements, grâce à la compagnie de Thomas qui traverse les mêmes épreuves.
L’identité de ce film passe en partie par sa photographie. Les rues de Paris sont souvent filmées la nuit, l’ensemble est sombre mais les différentes lumières ressortent d’autant plus, et viennent teinter d’espoir un récit d’une noirceur inévitable de par le sujet abordé. Ce rôle est aussi joué par la bande son, composée de synthés presque religieux et teintés d’un certain ton tragique.




Alice Winocour aborde ce sujet d’une manière très juste. Bien que l’attaque du restaurant soit présente, l’idée n’est pas du tout de faire dans le sensationnalisme, ce n’est que le point de départ de son récit qui va s’intéresser aux parcours de vie de ses personnages et à leur reconstruction. Le pari de parler de ce sujet est donc assez brillamment relevé, tant il rend hommage aux victimes avec beaucoup de pudeur et de sensibilité.
Enzo Beaufort
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