Critique : Apocalypse Now

CRITIQUES ANCIENS FILMS

Luzinha Gomes

2/28/20262 min read

Apocalypse Now constitue l’une des œuvres majeures du cinéma américain de la fin du XXe siècle. Inspiré du roman Heart of Darkness de Joseph Conrad, le film transpose la trame du récit colonial dans le contexte de la guerre du Vietnam et transforme un conflit historique en méditation sur la violence, le pouvoir et la désintégration morale.

L’intrigue suit le capitaine Willard, interprété par Martin Sheen, chargé de remonter un fleuve afin d’exécuter le colonel Kurtz, officier ayant rompu avec la hiérarchie militaire et établi son propre territoire. Cette progression géographique fonctionne comme une descente intérieure. À mesure que le voyage avance, la rationalité militaire s’efface au profit d’un univers dominé par l’absurde et la perte de repères. La structure narrative privilégie l’atmosphère et l’expérience sensorielle plutôt qu’un déroulement dramatique classique.

La mise en scène se distingue par son ampleur formelle. Coppola compose des tableaux d’une puissance visuelle remarquable, notamment lors de l’attaque aérienne devenue emblématique. Le travail sur la lumière et les ombres confère au film une dimension presque expressionniste. Le traitement sonore, complexe et immersif, renforce l’impression de déréalisation. La guerre n’est pas seulement montrée, elle est ressentie comme un état mental.

Les interprétations contribuent fortement à la portée du film. Robert Duvall incarne un officier dont le détachement révèle la banalisation de la violence. Marlon Brando, dans le rôle de Kurtz, propose une présence à la fois minimale et imposante. Son personnage dépasse la figure du simple antagoniste pour devenir une incarnation philosophique de la logique extrême du pouvoir et de la guerre.

Au-delà de son cadre historique, le film interroge la frontière fragile entre civilisation et barbarie. Il suggère que la violence n’est pas une anomalie mais une potentialité latente au cœur des structures politiques et militaires. Kurtz apparaît moins comme un homme devenu fou que comme celui qui a poussé jusqu’à son terme une logique déjà contenue dans le système qu’il servait.

Luzinha Gomes

Certaines longueurs et un rythme parfois inégal peuvent déstabiliser. Cependant, ces choix participent de l’ambition esthétique de l’oeuvre, qui cherche moins l’efficacité narrative que l’immersion totale.

Apocalypse Now demeure ainsi une fresque monumentale et une réflexion sombre sur la condition humaine. Plus qu’un film de guerre, il s’impose comme une exploration du pouvoir, de la conscience et de l’effondrement moral.

©United Artists/Everett Collection.

©Pathé Distribution.