Apocalypse Now (Final Cut, 1979)

CRITIQUES COURTES

Marie Boudon

12/6/20252 min read

This is the end, chante Jim Morisson. Apocalypse Now commence là où l’histoire s’arrête et la folie prend le dessus. Ce film, c’est une narration hors de l’événement. On sort du fait militaire, du récit linéaire, Apocalypse Now n’est ni horizontal ni vertical, mais oblique, il penche et descend, coule vers le bas.

L’intrigue est simple. L’officier Willard doit retrouver le colonel Kurtz, un homme devenu fou et dangereux, recherché par l’armée. Pour cela, il lui faut descendre le long d’un fleuve au Cambodge, s’enfoncer dans la jungle et aller au contact de la Mort.

La guerre, c’est la surface du film. La mort des civils vietnamiens, des soldats, la destruction des forêts, des animaux, ça ne compte pas. C’est un théâtre de l’absurde où l’on fait du surf pendant qu’on bombarde la côte, on célèbre la messe au milieu des cadavres, on détruit des villages sur des airs symphoniques. Un extrapolation visuelle et sensorielle qui fait du chaos un décor, une toile de fond. Il faut s’habituer au bruit et à la mort. Quand on ne sursaute plus aux impacts des bombes et qu’on aime l’odeur du napalm, c’est qu’on y est.

Mais quelque chose remue en-dessous, quelque chose d’immuable, d’insaisissable, qu’incarne le personnage de Kurtz (interprété par un Marlon Brando complètement à côté de la plaque). La quête de Willard, au-delà de celle d’un homme, est celle d’un lieu à la fois intelligible et sensible où tout est inversé. La mort n’est plus un terme imposé au vivant, mais au contraire un point de départ, une philosophie. Aller jusqu’au bout du fleuve, c’est accepter le renversement, aller chercher l’horreur à sa racine et en faire un principe.

Si cet immense film est une réflexion philosophique sur le basculement des hommes dans la violence, une confrontation de la morale avec la guerre, et une importante critique politique, il est aussi et surtout une proposition esthétique et formelle ahurissante. La lumière, au même titre que la fumée, est comme une entité spirituelle incarnée jusque dans la chair-même des images, les décors donnent vie à des espaces limitrophes, presque irréels, comme pour tenter d’établir une géographie inintelligible qui, bien que profondément ancrée dans la jungle, relève d'un au-delà des images, une cartographie mentale.

L’histoire s’ouvre sur une transe et se clôture sur une autre. Hypnose, extase, effroi, Apocalypse Now est un film tragiquement juste sur la folie humaine.

Marie Boudon