YOROÏ, le fan service à la française
CRITIQUE NOUVEAUTÉS
Kassandre Lou Vinatier
11/12/20253 min read
Une star du rap (Orelsan) épuisée par une tournée interminable décide de tout quitter avec sa femme enceinte, Nanako (Clara Choï) pour s’installer dans la campagne japonaise. Mais la découverte d’une armure ésotérique millénaire plonge le couple dans des nuits blanches, hantées par les démons du rappeur.
Après Comment c’est loin, Orelsan revient cette fois-ci avec un film à la croisée des genres, entre fantastique, horreur et comédie, en collaboration avec David Tomaszewski, réalisateur de la plupart des clips de l’artiste.
Le plus gros problème du film est également ce qui en fait sa force. C’est du fan service. C’est comme la réunion des trois spiderman dans No way home, comme le retour de Courteney Cox dans tous les films de la franchise Scream ou encore comme l'entièreté de Star Wars épisode VIII. C’est des références à ses albums précédents, à ses films précédents, à sa série docu, à ses potes, à sa famille. Donc, est-ce qu’on peut apprécier le film sans avoir le background, en pur objet cinématographique individuel?
Personnellement, c’est plutôt mitigé.


Déjà, l’acting est très compliqué, que ce soit pour Clara Choï que pour Orelsan lui-même. C’est un jeu “blanc”, plat, sans intonation, Orelsan qui fait du Orelsan. Mais malheureusement, le jeu est à la hauteur des dialogues. Je me suis demandée pendant tout le film comment un.e scénariste a t-il pu être payé pour sortir un travail aussi peu convaincant. J’ai eu ma réponse au générique; le film a été écrit par Orelsan et Tomaszewski. Alors oui, Orelsan est objectivement un bon parolier, mais entre écrire un film de presque deux heures et une chanson de trois minutes, il y a un monde.
On ressent également cette faiblesse au niveau de la structure scénaristique, le film semble inégal avec une fin qui s’éternise. A contrario, les scènes de bagarre contre les Yokai, qui ont été vendues comme pierres angulaires dans les trailers, sont trop peu présentes. Ce qui est dommage, car elles sont vraiment bien chorégraphiées et divertissantes. Enfin, du peu qu’on puisse en voir puisque tout se passe dans la pénombre, on se croirait dans un film D.C de la fin des années 2010.
Dans l’ensemble, Yoroi reste un film plutôt fun, avec des visuels intéressants et quelques blagues / gags qui fonctionnent, même quand on ne connaît pas bien la carrière du rappeur.
Et puis, voir que le cinéma français se diversifie avec des films de genre qui changent des éternelles comédies dramatiques, ça fait toujours plaisir.




Par contre, on repassera pour la morale et la résolution de l’histoire hyper simplistes qui ne font pas taire les allégations d’égo trip orelsannien. Tout comme l’aspect marketing du film, avec lequel j’ai beaucoup de mal.
Alors oui, il faut bien vendre un film avec des bandes-annonces, des promotions, etc… Mais faire une avant-première au Grand Rex en présence de l’artiste + une avant-première dans des cinémas parisiens trois jours après + sortir un nouvel album une semaine après +
produire du merch de figurines du film avec des prix entre 40€ et 70€… On en vient à perdre l’artistique du film, qui se laisse submerger par cette surexploitation capitaliste et matérialiste. Encore une fois, on voit que le film est pensé pour les fans, voir que les fans.
Mais bon, comme disent beaucoup de fervents défenseurs d’Orelsan et donc de Yoroï “t’as juste pas la rèf”.
Yoroi, sorti le 29 octobre, est toujours en salle.
Kassandre Lou Vinatier
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