The Peanut Butter Falcon, un duo dont on ne se passera plus

CRITIQUE ANCIENS FILMS

Manon Massène

10/26/20253 min read

L'«attardé», comme tout le monde l'appelle, c'est Zak, un jeune homme de 22 ans avec le syndrome de Down. Et dès les deux premières minutes du film, il nous plante le décor. Entouré de personnes âgées, il troque son dessert contre une combine bien menée: Rosalita feinte de s'étouffer pendant qu'il tente de s'évader de cet endroit qui l'infantilise, ou le vieillit bien trop.

Les amitiés qu'il tisse avec ses vieux congénères lui permettront de s'échapper définitivement en passant entre les barreaux de la fenêtre de sa chambre, en slip, et lubrifié de savon, comme son colocataire le lui a conseillé. Zak court de toutes ses forces hors de sa prison dorée, à moitié nu. On lit sur son visage toute l'excitation d'enfin pouvoir toucher du bout du doigt son plus grand rêve: aller dans l'école du catcheur du Plouc des marais salants dont il a visionné la cassette des milliers de fois.

Tyler, incarné par Shia Labeouf, est là aussi. Un type un peu crasseux qui vole des crabes et qui se ballade avec une casquette rouge ornée d'un filet de pêche. Comme vous l'aurez deviné dès le début de ce paragraphe, ce dernier se retrouve très vite dans sa propre cage à crabe. Un gang avec beaucoup de tatouages, des guns et quelques casquettes aux couleurs de l'alligator veulent lui faire sa fête.

Nos deux héros malgré eux finissent par se rencontrer et décident implicitement qu'ils sont étrangement faits pour partir en cavale tous les deux. Le rythme des deux personnages est complètement différent et c'est ce qui fait toute la beauté de ce duo. L'un est vulgaire, débrouillard, nerveux, l'autre veut faire du catch, et pourquoi pas la fête.

Les corps de nos deux comparses, qui n'ont rien d'autre en commun que cette liberté toute fraîche, sont célébrés. Toujours en mouvement, la chair vit pour de vrai, elle s'entremêle à celle de l'autre. Le catch n'est pas là pour rien, il intervient comme une danse, comme un jeu, comme une étreinte.

On nous présente ici une fraternité sensible, douce, qui se prend dans les bras, qui n'en dit pas beaucoup mais qui suffit.

Shia Labeouf tient d'ailleurs quelque chose de stupéfiant dans ce film, il ocille constamment entre impatience et tendresse, force et pudeur. Il est présent à la vie, au corps. Il est filmé comme une panthère, toujours dans l'air; comme s'il pouvait sauter, ramper, courir à la seconde et ne pas en être épuisé. Il représente toute la liberté qu'on avait jusqu'alors interdite à Zak.

Dans leur quête initiatique, Zak et Tyler feront souvent face aux éléments. Le feu est toujours présent par exemple, plusieurs fois pour détruire et annihiler, mais aussi pour faire renaître. On pensera au sacre de Zak en tant que Peanut Butter Falcon autour d'un feu de bois, comme un phoenix. Ou bien aux flammes peinturlurées sur le hangar duquel Zak sortira combattre pour la première fois, déguisé en son alter ego, devant une foule sceptique.

Le feu détruit mais réchauffe aussi les cœurs, et les nôtres surtout.

Puis ils se perdent, nagent, se noient dans l'eau; ils apprennent à la dompter petit à petit jusqu'à ce qu'ils se fassent baptiser en son sein par un vieil aveugle découvert sur la route.

Finalement, Zak et Tyler ne reviennent à la terre vraiment qu'à la fin du film; tout du long, ils sont perdus dans l'océan, les marécages ou les rivières, en errance.

D'un baptême, ils en auront finalement deux: un d'eau, puis de feu, comme deux naissances obligatoires avant de pouvoir revenir au monde.

On se sent vivant quand on visionne Peanut Butter Falcon, on a envie d'exister tout de suite plus fort.

Les réalisateurs nous questionnent sur nos perceptions, nos intuitions et nos croyances. Comment sommes nous aux autres, à nous-même? Que faire de toutes ces possibilités de vie et pourquoi ne pas tout recommencer en mieux, et bien entouré?

Une heure et demie de feel good mais pas que, un jeu d'acteurs qui vaut le détour et un duo qu'on ne veut plus jamais quitter.

Manon Massène