The New West, Kate Beecroft (2026)
CRITIQUE NOUVEAUTÉS
Marie Boudon
5/6/20263 min read


The New West est un pari réussi, qui sort aujourd’hui dans les salles françaises. Un film que l’on voit depuis ses premières diffusions en festival principalement critiqué pour ce qui fait pourtant sa cohérence : une fresque contemporaine secouée par un imagier de velours, des images que l’on croirait publicitaires, entre plans ralentis et couchers de soleil en plein désert, encore faut-il ne pas tomber dans le panneau. Car The New West est avant tout l’histoire d’une femme qui vend ses chevaux sur TikTok pour boucler ses fins de mois, une mère détournée et une cavalière empêchée, un personnage écarté de son propre chemin, dont le quotidien est rongé par la nécessité de survivre dans un ranch dont la figure masculine principale est perdue, évacuée avant même que le film ne commence.
The New West s’ouvre avec un générique filmé au téléphone, dans un format cellulaire qui ne cherche pas tant à contenir la vaste étendue d’une culture états-unienne venteuse, sauvage et rustique, qu’il ne cherche à capturer de cet héritage uniquement l’aspect spectaculaire, furtif et intense : il y a, quelque part dans les plaines du Dakota du Sud, une jeune orpheline qui chevauche des étalons à toute vitesse, et c’est tout ce que le registre des réseaux sociaux en retiendra, cette brune élancée à travers les plaines ensoleillée. Mais ce serait bien absurde d’en rester là.
Mélange entre documentaire et fiction, les portraits de femmes, de filles (cowgirls) et d’hommes déployés par Kate Beecroft dans ce premier long-métrage sont aussi crus qu’ils sont sensibles. Le ranch est un lieu difficilement cartographiable, dans lequel les humains entrent moins en contact les uns avec les autres qu’ils entrent en contact avec les chevaux. Un lieu à la fois étroit et immense, où il est difficile de vraiment exister, de vraiment trouver sa place. Face à ça, le folklore des ventes aux enchères, filmé d’une manière qui n’a rien de particulièrement spectaculaire ni esthétisant, est la seule occurrence du monde extérieur. A la fois coming-of-age story, drame familial et témoignage social, The New West n’est pas un simple panorama visuel états-unien.
Le seul regret qu’on peut éprouver face au film est sa profondeur psychologique plus centrée sur les humains (et notamment les femmes) que les chevaux, dont la présence est pourtant le noyau absolu du récit. Tout comme le territoire et les paysages, on leur réserve un registre visuel ultra-esthétisé qui revient souvent à travers le film, comme pour romantiser, voire sensualiser le labeur qu’est l’élevage et l’apprivoisement des bêtes sauvages.


Mais bien que le film s’effondre sur son rapport au travail et aux difficultés financières, dont la matière est survolée par les images, il se démarque malgré tout par sa capacité à véritablement conjuguer le western au présent : son ambition n’est pas de bouleverser le genre (et en cela il n’est pas à mes yeux un néo-western), mais bien de le fouiller dans ses recoins paradoxaux – et notamment ces femmes dont toute la vie et la culture sont encore profondément ancrée dans un héritage masculin, rustique, conquérant. Ainsi il ne faut pas éponger ce film de tout ce qu’on voudrait y voir. The New West est une docu-fiction intense, bruyante, mâle dans une certaine mesure, mais sous un regard et une plume éminemment décalée, décentrée, refocalisée, portée par des femmes.
Un récit à la fois familial, culturel et folklorique, qui propose un regard pas si stéréotypé sur une culture qui l’est en revanche fortement.


Marie Boudon
© Pyramide Films
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