Send Help de Sam Raimi : le retour d'une légende de l'horreur

CRITIQUE NOUVEAUTÉS

Thibault Jeanroy

2/13/20264 min read

Enfin un nouveau film de Sam Raimi donc, quatre ans après son incursion dans l’écurie Marvel avec Doctor Strange in the Multiverse of Madness, le voilà de retour avec un film qui lui ressemble vraiment ! Voilà 19 ans qu’il n’avait plus rien réalisé de comédie horrifique comme lui seul sait les faire.

Depuis l’excellent Jusqu’en Enfer, il s’est concentré davantage sur la production que sur la réalisation (3 films en 20 ans). Et quand on apprenait, il y a plus d’un an, qu’il réaliserait un film inspiré de Seul Au Monde et Misery, sur une île déserte, avec Rachel McAdams et Dylan O’Brien dans les rôles principaux, en mode survie avec un segment de confrontation sanglante, forcément, on avait très très hâte de voir ça.

Entre le comique et l'épouvante

Le film démarre sur Linda Liddle, une employée discrète, qui se retrouve confrontée à Bradley Preston, un jeune patron sans mérite. Les vingt premières minutes accentuent le côté « employée solitaire » de l’héroïne et sa tentative de faire respecter son travail face à une horde d’employés masculins (d’une certaine manière, ça démarre pratiquement de la même façon que Jusqu’en Enfer, à quelques détails près). Puis, évidemment, le récit bascule vers un quasi huis clos, où les rôles s’inversent. Linda devient le seul espoir de survie de Bradley, car elle sait comment survivre en conditions hostiles, et lui non. Sauf que Linda cache non seulement un côté badass… mais pas que.

Avec Send Help, Sam Raimi donne une nouvelle allure à son cinéma, en composant notamment une héroïne coriace et audacieuse, un rôle à contre-emploi pour Rachel McAdams, qui donne vie au personnage féminin le plus intéressant de Sam Raimi depuis Intuitions, alors porté par Cate Blanchett. Raimi, qui justement n’a pas toujours su bien positionner les femmes dans son cinéma, change la donne avec quelques scènes où elle devient maîtresse de l’histoire. 

Cette direction fait lorgner le film entre la comédie jouissive et l’horreur de série B, un parfait équilibre trouvé par Raimi, qui, d’une scène à l’autre, peut critiquer le patriarcat avec subtilité puis mettre McAdams face à un sanglier dont elle fera son quatre-heures.

Mais pour dire quoi ?

Alors oui, le sens de tout ça, et le propos en lui-même, paraissent assez minces et déjà vus, mais finalement ce jeu de confrontation entre les deux est autant un prétexte pour donner lieu à des moments très Evil Dead-iens que pour défendre un propos féministe avec un angle d’approche assez original et filmé de façon inédite. Chez Sam Raimi, on s’amuse autant qu’on sursaute, et Send Help ne déroge pas à cette règle. On retrouve certains effets bien récurrents de son œuvre (l’univers hostile de la forêt, pour la première fois depuis 47 ans après le second Evil Dead) et bien d’autres éléments auxquels il nous a habitués.

Sam Raimi n’a jamais revendiqué grand-chose avec son cinéma. Il n’a jamais défendu de principes particuliers (seule la trilogie Spider-Man prônait le sens du devoir, des responsabilités, etc.), et c’est donc la première fois qu’il défend une idée que le cinéma a souvent mise en avant. La place des femmes dans un espace majoritairement dominé par le genre masculin : autant dire que notre auteur d’horreur préféré prend le sujet avec de gros sabots, beaucoup de dérision et un réel savoir-faire.

Pour ainsi dire, seul Sam Raimi peut s’emparer d’une problématique sociétale et en faire une comédie horrifique de série B comme dans les années 90 et le début des années 2000 (encore une fois, Jusqu’en Enfer abordait déjà cette thématique, mais de manière bien plus secondaire).

Sam Raimi dans son élément

Pour la première fois depuis très longtemps, on retrouve un réalisateur dans son genre de prédilection, mais sur un terrain différent : le survival. Send Help est un survival comme aucun autre, alternant les éclats de rire les plus francs et les artifices les plus extrêmes que l’on ait vus. Et tout ça fonctionne très bien, le rire s'accorde à la frousse, et le temps passe vite, trop vite même, voilà le genre de divertissement qui fonctionne encore aujourd'hui (ce qui n'est pas le cas de tous les genres repris de la fin des années 90/débuts 2000). 

Send Help a un côté idyllique mais peut tout aussi bien être imprévisible de la pire des façons en se la jouant Misery. Après une pause loin des plateaux, Raimi revigore le cinéma d'un film drôle et dérangeant comme on en avait plus vu depuis longtemps.

Thibault Jeanroy