Adieu monde cruel, Félix de Givry (2026)

CRITIQUE NOUVEAUTÉS

Enora Lecarme

9/18/20263 min read

Un thème orchestral mélodramatique qui rappelle les Parapluies de Cherbourg, une narration didactique - dépliant le film dès ses premières minutes comme une sorte de conte initiatique - qui évoque la Nouvelle Vague, sans parler de la récurrence de fondus au noir ; des technologies au goût du jour, des tenues qui appartiennent aux années 1980… Ici, tout repère temporel est brouillé, seule l’universalité d’un sentiment prévaut.

L’allure de vilain petit canard qui colle à Otto rappelle d’abord celle de Robert Smith. Une façon lasse de se traîner, d’assortir à ses cheveux noirs ébouriffés une longue veste cuirassée. Félix de Givry reconnaît lors d’un entretien avec Cin’Ecrans la beauté du jeune acteur, dont il compare la présence à celle de Tom Cruise. À l’exception évidente d’une pâleur inquiétante, d’un regard mélancolique et creusé. Une certaine physionomie masculine qui n’a pas toujours fait l’unanimité, mais trouve largement son public aujourd’hui.

Tout compte fait, Otto Vidal incarne une norme.


Adieu monde cruel s’inscrit hélas dans la lignée de ces films qui s’intéressent au harcèlement mais se limitent à une approche élémentaire, s’attachent à la figuration d’un martyr outrageusement banal, sinon carrément appréciable. Faillible d’une manière qui ne brusque jamais trop, comme pour appuyer le caractère absurde, l’injustice profonde de l’acharnement dont il fait l’objet. Or, on sait que ceux qui génèrent majoritairement l’hostilité de leurs camarades, ce sont justement ces enfants sous-représentés ; porteurs d’un handicap, de particularités physiques, de tempéraments difficiles, de troubles comportementaux… ceux qui sont porteurs d’une différence radicale. Une vérité manifestement négligée par un bon nombre de cinéastes qui s’attellent au sujet.

On sait d’Otto qu’il est un personnage réservé, mais on nous donne peu d’éléments pour comprendre ce qui le traverse véritablement. Là où l’on attend une forme de spécificité autour de l’inconfort adolescent, dégoulinant et viscéral, Adieu monde cruel semble se cantonner à la mystification du protagoniste, au détriment de la laideur qui l’habite.


Si l’on devine chez Léna une absence de plénitude, les questionnements qui l’habitent demeurent secondaires, pratiquement invisibles. Elle ne semble exister qu’aux travers de sa fascination pour ce garçon ; une curiosité sincère, qui évoluera en passion amoureuse avec la rapidité d’éclosion caractéristique des émois adolescents.

Quand Léna exprime de façon communicative à Otto son languissement pour les choses à venir, elle est une sorte de fille dans le vent, une manic pixie dream girl explosive qui offre un nouveau souffle à celui qui sombre, invite ce dernier à restaurer son appétence pour la vie à travers ses yeux.

La romance entre Léna et Otto se déroule par ailleurs d’une manière très générique, malgré les enjeux de cet amour naissant et leurs propriétés respectives d’outcasts incompris. Il y a peu d’emphase sur la gestualité d’un corps vers l’autre, sur l’éphémérité, le caractère passager du toucher qui annonce déjà l’absence, figurée avec beaucoup de justesse dans un film autour du yearning comme Sans jamais nous connaître de Andrew Haigh.


Enora Lecarme

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