Garance de Jeanne Herry : en quelques verres

CRITIQUE NOUVEAUTÉS

Klara Bénard

10/7/20263 min read

Klara Bénard

Sorti dans un premier temps au festival de Cannes 2026, le tant attendu film de Jeanne Herry nous est enfin dévoilé dans nos salles de cinéma.

Après “Je verrais toujours vos visages” la réalisatrice française revient avec un film féministe, sensible et queer. “Garance”, jouée par Adèle Exarchopoulos, nous parle de l’humain, le vrai, celui qui faute, qui tombe mais qui essaye de se relever. Il ne s’agit pas d’une simple chronique sentimentale queer, mais avant tout d’un drame bouleversant sur l’autodestruction, l’alcoolisme, la peur du néant, et d’un espace où l’amour peut être salvateur.

Garance, jeune actrice jouant dans des théâtres, vit sa vie du mieux qu’elle peut avec l’alcool comme béquille. Entre rencontres, amour, doutes et révolution, Garance symbolise le pouvoir des femmes. Il n’y a pas, voire très peu d’hommes dans cette histoire hormis l’ex-compagnon de Garance qu’elle quitte au début de l’histoire. Là encore, Jeanne Herry raconte l’histoire d’une femme libre, quand bien même elle serait enfermée dans son addiction, qui arrive à se libérer de ce qui l’empoisonne.

“ Sans alcool je sais pas comment faire”

Dans Garance, l’alcoolisme est montré de façon très désinvolte, très mondaine, assez passe partout, comme si le fait de boire de l’alcool comme on boirait de l’eau était normal. Filmé d’un point de vue extérieur, celui du spectateur, nous suivons le déni de Garance sur sa consommation excessive et pourtant morbide. Garance a l’impression de gérer, mais les mauvaises soirées, les galères professionnelles et les déménagements s'enchaînent, l’enfermant dans sa dépendance. Ses proches s’inquiètent, se posent des questions et essaient de lui faire réaliser sa dépendance.

“Ça me manque d’aimer, ça fait longtemps que j’ai pas aimé”

Pauline, jouée par Sara Giraudeau, arrive par hasard dans la deuxième partie du film, telle un messie. Elle est celle qui pourrait tout changer. Le film devient alors une fiction salvatrice. Une fiction où l’amour répare tout et sauve l’héroïne d’une mort qui semble alors inéluctable. L’amour les sauve toutes les deux car Pauline se mettant de plus en plus à boire, Garance décide de demander réellement de l’aide, pour éviter que sa petite amie ne s’enfonce plus dans l’addiction.

Il faudra à Garance plus de la moitié du film pour commencer à se sevrer, ce qui laisse trop peu de place à cette partie de l’histoire, d’autant que son alcoolisme semble sévère. Cela peut paraître trop léger pour un film qui se voulait réaliste.

La première partie du film va très vite, mais est très bien orchestrée, nous sommes pris dans le jeu de Jeanne Herry qui nous montre la vie mouvementée de Garance qui va à 100 à l’heure. La deuxième partie introduit le personnage de Pauline: elle est plus lente, plus douce mais dure beaucoup moins longtemps que la première partie. Peut-être que Jeanne Herry voulait montrer, en faisant une première partie plus longue, les ravages de l’alcool sur une vie. Elle voulait montrer le vrai, le moche mais aussi le beau, le sincère, comme une conclusion à une histoire destructrice. Garance a la rage de vivre, non pas pour elle, mais pour les autres. Jeanne Herry montre ainsi qu’il y a toujours une rédemption possible, peu importe les raisons qui la guident.

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