Mektoub, my love – Canto due : Retour attendu ou inquiet ?
CRITIQUE NOUVEAUTÉS
Manon Massène
1/9/20263 min read


Mektoub my love-Canto Due n'est pas énormément présent en salle. Alors on se questionne : les spectateurs sont-ils impatients de retrouver Abdellatif Kechiche des années après Canto Uno ? Est-il toujours question d'un malaise collectif quant aux polémiques qui suivent le réalisateur depuis des années ? C'est comme si tout le monde voulait se protéger d'un potentiel désastre. Et pourtant...


On retrouve Amin, personnage principal dans Canto Uno également. Aspirant cinéaste, il a finalement troqué le soleil de Sète pour le ciel gris de Paris. Dans ce nouveau volet, les désirs du jeune homme s'imposent un peu plus: face à un producteur américain habitué à venir dans le coin pour les vacances, il ne se laisse pas engloutir par ce baratineur et refuse de sauter dans le fantasme de l'American dream, à l'inverse de tous les autres. Les personnages de Canto Uno sont toujours là mais très peu représentés à l'écran pour un bon nombre d'entre eux. A la place, cette étrange actrice américaine, insatiable de couscous et aussi attirante que dangereuse. C'est elle qui rythme le film. On se demande quand elle explosera, et c'est passionnant.
En effet, c'est souvent à travers le regard d'Amin que Kechiche nous fait parvenir les informations. C'était le cas dans le premier film Mektoub my love. Ici, c'est comme si nous avions grandi, c'est au spectateur de deviner et de finir certaines intrigues tout seul. Le réalisateur nous laisse en suspend, et parfois étend ses plans à l'infini. Comme si ces 1000 heures de rushs lui avaient fait perdre un rythme, ou bien qu'il aimait tellement certains plans qu'il ne pouvait pas se résigner à les enlever du montage.
Les plans sont effectivement toujours languissants, mais la narration à l'inverse se voit plus structurée. On assiste à une évolution dramatique du début du film jusqu'à la fin, on déambule d'un rêve ou d'un fantasme passé à une fiction, qui pourtant est plus réelle que jamais. Le dernier quart du film nous propose un twist intéressant qui s'apparente tout d'un coup à un thriller. Soudainement, plus rien ne semble s'approcher du réel que Kechiche s'embête à préserver. Il nous rit au nez, il nous fait comprendre que sa réalité, quoiqu'il en fasse, est souvent la bonne. Le réalisateur nous propose un nouveau genre, et il le fait à merveille. Sa signature naturaliste est toujours intacte: la méditérrannée et ses oliviers, les visages qui sourient avec les yeux et les corps qui vivent plus fort que chez n'importe qui.


Certains diront que Canto Due est peut-être moins révolutionnaire, choquant, punchy ou éclatant que Canto Uno. Je pense qu'à l'inverse, on y trouve ce que l'on n'avait pas dans le premier film, une beauté toute singulière: celle des personnages qui se confrontent enfin au réel qu'ils se refusaient à voir. Je pense aussi qu'il y réside une nostalgie palpable des premières images dont on se souvient tous. Canto Due révèle un nouveau chapitre de Mektoub my love avec beaucoup d'humour, de finesse, et aussi un renoncement au voyeurisme des corps. Le film embrasse la sensualité, la folie douce. Tout est réinventé.
Manon Massène
S'inscrire à notre newsletter

