Marty Supreme : service gagnant pour Josh Safdie
CRITIQUE NOUVEAUTÉS
Enzo Beaufort
2/23/20264 min read


En 2020 sortait sur Netflix Uncut Gems, réalisé par les deux frères Josh et Benny Safdie. Acclamé par les spectateurs et la critique, ce film terminait d’imposer la pâte Safdie, déjà bien esquissée avec Good Time, en 2017. Ces deux films mettent en effet en avant une réalisation plus que nerveuse, un montage frénétique et une spirale infernale pour ses personnages principaux. Les deux frères se séparent ensuite pour réaliser chacun de leur côté en 2025, un nouveau film. The smashing machine pour Benny et Marty Supreme, donc, pour Josh. Et si le premier a reçu un accueil mitigé, le second a déjà raflé 9 nominations aux Oscars et le Golden Globle du meilleur acteur pour Timothée Chalamet. Mais est-ce vraiment une réussite ?
Marty supreme raconte l’histoire de Marty Mauser (librement inspirée de celle de Marty Reisman, considéré comme le plus grand pongiste de son époque), 23 ans, aspirant à devenir le meilleur joueur de tennis de table du monde entier dans les années 50. Ce sport étant sous-représenté aux États-Unis, le financement des compétitions à l’étranger est plus que difficile. Mais plus que désireux de combler son ambition, il fera TOUT pour y arriver, allant jusqu’à se mettre en danger et mettre en danger son entourage.
Ce film s’inscrit clairement dans la continuité de Good Time et Uncut Gems. On y retrouve une réalisation au plus près de son action avec des plans en caméra épaule qui tremble, des travellings rapides et successifs notamment dans les scènes de match, et des plans serrés sur ces personnages qui dialoguent en se répondant tambour battant, comme dans un véritable match de tennis de table. Le montage ne fait pas exception, le film est en mouvement constant et les cuts sont légion, épousant le rythme effréné des matchs et de la vie plus que tumultueuse de Marty. À cela s’ajoute un travail sur le son assez bluffant. La bande originale oscille entre des morceaux des années 90 comme « Forever youg » d’Alphaville ou encore « Everybody wants to rule the world » de Tears for fears, et des morceaux franchement mémorables composés par Denis Lopatin (déjà présent sur Good Time et Uncut Gems) aux synthés envoûtants et épousant à la perfection le rythme du film. Le mixage, lui, vient parfois « noyer » les dialogues souvent musclés des personnages avec les musiques de Daniel Lopatin. La cacophonie qui en résulte vient créer chez le spectateur un sentiment d’étouffement, une perception claustrophobe de l’action.
Les années 50 sont omniprésentes à l’écran, des costumes d’époque en passant par les rues de New York qui deviennent un véritable terrain de jeux pour Josh Safdie. Cette ville est représentée comme foisonnante, pleine de rebondissements mais aussi d’obstacles venant faire barrage à l’ambition de Marty. La temporalité post seconde guerre mondiale est aussi matérialisée par le traumatisme encore bien présent qu’a représenté la déportation des juifs à cette époque, même si le film choisit de l’évoquer à travers un ton plus « léger » et en arrière plan, refusant de faire de Marty Supreme un drame historique. Parce que ce n’est pas ce qui intéresse ici Josh Safdie, qui mélange audacieusement les genres, du thriller à suspens au faux biopic en passant par la comédie burlesque. Le film change régulièrement de ton au moyen de séquences particulièrement drôles et grotesques qui viennent dompter l’urgence constante qui ponctue le récit. Cette période est aussi fortement marquée par la rivalité entre les États-Unis et le Japon, représentée par le duel entre le champion Japonais Endo et la star montante Marty.




Le personnage interprété par Timothée Chalamet se porte aussi comme étendard d’un « american dream » dans lequel tout devient possible pour celui qui est prêt à tout pour réussir dans sa discipline, allant jusqu’à s’humilier en public ou encore faire courir de gros risques à son entourage et notamment à la mère de son futur enfant. Marty est arrogant, imbu de lui-même, menteur, manipulateur, politiquement incorrect mais ses vices n’ont d’égal que son ambition démesurée et sa rage de vaincre qui vient titiller en nous l’étincelle de la volonté de se battre jusqu’au bout pour réaliser ses rêves, mais à quel prix ? C’est là tout l’enjeu de Marty Supreme.
Que vous aimiez le tennis de table ou non, je ne peux que vous conseiller d’aller voir ce nouveau film de Josh Safdie si vous voulez retrouver le tumulte bouillonnant de Good Time et d’Uncut gems, accompagné de l’enivrante bande sonore de Daniel Lopatin.
En définitive, Marty Supreme, c’est de la balle !
Enzo Beaufort.
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