Ma frère, l'enfance comme miroir des adultes
CRITIQUE NOUVEAUTÉS
Kassandre Lou Vinatier
2/11/20263 min read
Le temps d’un été, deux amies d’enfance, Djeneba (Fanta Kebe) & Shaï (Shirel Nataf), quittent leur tour de la Place des Fêtes pour accompagner les enfants de leurs quartiers en colonie. Au cœur de la Drôme, les amitiés se font et se défont , les premières amours apparaissent et on apprend le vivre ensemble. A mi-chemin entre l’enfance et la vie d’adulte, ces quelques semaines loin de tout poussent les deux jeunes femmes à prendre des décisions cruciales pour leur futur.


Deuxième long-métrage du duo de réalisatrices Lise Akoka et Romane Guéret, Ma frère , sorti le 7 janvier dernier, part d’une idée simple: une colonie de vacances. On pourrait donc penser à un remake de l’emblématique Nos jours heureux. Mais alors que Nakache & Toledano misent plutôt sur une comédie légère, Akoka & Guéret se focalisent sur les relations amicales, amoureuses et intra-familiales compliquées avec des personnages imparfaits qui se retrouvent face à des choix cornéliens.
La force du film réside dans la pluralité des genres, corps, ethnies représentées. On aborde des sujets d’aujourd’hui, parfois au travers du regard d’un adulte, parfois au travers du regard d’un enfant. Quand Shaï se pose des questions sur l’identité de genre du personnage non-binaire de Naël.le (Yuming Hey), ce sont les enfants qui l’éduquent sur le sujet. Le rôle de maître et d’élève ne cesse de fluctuer pendant le film, dépeignant les enfants comme des êtres sensibles et réfléchis qui n’ont pas peur d’affirmer leurs choix.
L’image est plutôt jolie, avec une colorimétrie qui se distingue de la tendance du désaturé et “gris” omniprésent dans les films actuels. Avec cette nature vert pétant, les tentes jaunes canarie et les maillots de bain céruléens, Ma frère, respire l’été et l’insouciance, avec un petit côté 90’s. Bien que la réalisation ne soit pas parfaite, avec deux ou trois faux raccords et quelques plans qui manquent de précision, l’ensemble est cohérent. Une caméra toujours en mouvement et très peu de plans fixes qui collent avec l’ambiance dynamique des colos. On repassera cependant pour le gros plan TRÈS long des deux enfants qui s’embrassent, absolument pas nécessaire et gênant.








Les actrices et acteurs tirent toutes et tous leurs épingles du jeu. Côté adulte, le jeu de Shirel Nataf apporte un vent de fraîcheur et une insouciance tranchant avec le jeu de Fanta Kebe qui oscille entre résilience et fragilité sans jamais tomber dans le pathos. Leur relation sororale inscrit le film dans une dimension profondément féministe. Le personnage de Sabrina suit cette ligne en se plaçant comme la “grande soeur”. D’ailleurs, mention spéciale pour son premier rôle au grand écran à Amel Bent, qui incarne avec une grande justesse le personnage de Sabrina. Côté enfant, leur spontanéité et leur naturel sont attendrissants et franchement drôles. Quelques petits couacs au niveau du langage, parfois trop caricatural, surtout quand on sait qu’ils répétaient les mots prononcés par les réalisatrices via une oreillette.
Ceci dit, Ma frère reste une petite pépite qui vous fera passer du rires aux larmes avec des personnages attachants qu’on, comme à la fin d’une colo, n’a presque pas envie de quitter. Je recommande d’autant plus si vous avez travaillez dans l’animation, ça ravivera de beaux souvenirs!
Kassandre Lou Vinatier
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