Les Enfants du Paradis de Marcel Carné (1945)
CRITIQUE ANCIENS FILMS
Marie Boudon
10/22/20252 min read
Les enfants du paradis sont descendus sur les planches du théâtre pour s’aimer et se haïr, et nous faire doublement spectateur.ices. Ce film est une pièce qui balbutie entre comédie et tragédie. Ce film est aussi un poème signé Jacques Prévert. Ce film est peut-être enfin une chanson, une mélodie, il a quelque chose de la symphonie urbaine.
Les Enfants du Paradis raconte une histoire d’amour entre un mime, Baptiste, et une artiste de rue, Garance. L’un vit à travers son personnage, l’autre est une femme libre. Les deux se regardent plus encore qu’ils ne se parlent. L’amour se vit en spectateur, le film reflète sans cesse son propre dispositif : un théâtre filmé.
Mais pour parler des Enfants du Paradis, il faut avant tout se faire balzacien et en faire les portraits. En voici une ébauche. Frédérick (Pierre Brasseur) est un poète romantique, imbu de lui-même, qui s’orne de figures de style comme d’une parure, pour s’embellir, se glorifier. Baptiste (Jean-Louis Barrault) en est le parfait antonyme ; il est l’observateur, le timide, le silencieux, le mime qui s’empare du monde par les gestes, qui parle sans mots ou qui les choisit bien. Pierre François (Marcel Ferrand) est un truand qui ne prétend aimer personne ; la langue est sa monnaie, et derrière sa cruauté se cache son infinie solitude. Garance (Arletty) ne parle quant à elle qu’au présent simple et ne passe pas par quatre chemins, il n’y a entre sa pensée et ses paroles qu’un vieil accent parisien. Nathalie (Maria Casarès), enfin, est une comédienne tragique ; le regard et les mots perçants, l’œil noir, l’âme solide comme la pierre – et c’est bien la seule.


Maintenant, il faut se les imaginer dans le Paris des années 1820, sur le Boulevard du Crime, entre le théâtre, le magasin et la foire, il faut les imaginer se rencontrer, se voir, se regarder, surtout. Se frôler puis parfois, tomber amoureux. En fait, leur histoire, en deux actes, n’est que le récit de leur rapport au verbe. Chacun, à sa manière, a dit « je t’aime ». Ou précisément, ne l’a pas dit.
Je vous laisse sur le seuil de leurs répliques et vous invite à leur rendre visite ; elle vaut le coup.
Marie Boudon


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