L'Épreuve du feu, critique et entretien avec Aurélien Peyre
CRITIQUE NOUVEAUTÉS
Ethel Bouleux
12/15/20259 min read
Sorti en salle le 13 août 2025, le premier long-métrage d’Aurélien Peyre, « L’Épreuve du feu », sort en DVD le 16 décembre. Il s’agit d’un double DVD avec également le deuxième projet du réalisateur, Coqueluche (2018) qui a servi de point de départ à l’Épreuve du feu.
Le réalisateur est effectivement l’auteur de deux moyens-métrages, le premier : La Bande à Juliette (2016) et donc par la suite, Coqueluche (2018).
Avec une histoire très similaire, d’un amour à la plage, confrontant différentes classes sociales, il pose les bases de L’Épreuve du Feu :
Hugo est un jeune garçon soumis à son propre jugement et aux regards affûtés de ses anciens amis. Après avoir perdu 30 kilos, il rencontre son premier amour, Queen, son parfait contrepoint, ; vivante, libre et intègre à soi-même.
Lorsqu’ils se rendent ensemble sur l’île où Hugo à une petite maison familiale, leur couple devient l’objet de toutes les critiques. Queen est une esthéticienne haut en couleur, avec des longs ongles et des vêtements extravagants, à l’inverse, Hugo est un jeune homme timide qui s’efface pour se faire accepter.
Face aux incriminations de ses amis, à l’effet de groupe et à l’influence de « la meute », le couple commence peu à peu à voir son idylle s’effriter. Comment rester fidèle à ses principes et écouter uniquement son cœur quand tout essaye de vous déchirer ?


Interview avec Aurélien Peyre, le 15 décembre 2025
Pour commencer, parle-moi un peu de ton parcours, d’où tu viens et qu’est ce que tu as fait jusqu’ici ?
- Je grandis à Paris. Après le bac, je commence une école de cinéma, l’ÉSEC, qui sert normalement à former au métier d’assistant-réalisateur et m’a permis d’apprendre l’organisation d’un tournage. C’est aussi ce parcours qui me permet de faire par la suite La Bande à Juliette, en 2016 avec tous mes amis de l’école. On n’a pas de production, c’est un tournage de 10 jours avec des journées de 19 heures… Je perds 10 kilos. Finalement, je trouve une production qui va financer la post-prodroduction et qui décide de produire mon prochain court-métrage, Coqueluche. Le film est pré-acheté par Arte et on a les fonds nécessaires à la réalisation du projet.
2. Comment tu te lances dans l’idée de Coqueluche, qui est donc la base de l’Épreuve du feu ? Et comment on en vient à avoir cette sorte de version longue, plus aboutie ?
- L’histoire me vient quand je passe une journée sur une île au large de Granville. Ce sont les parents d’une cousine qui possède une maison à louer là-bas. Il n’y a pas beaucoup d’habitations, ce sont principalement des maisons de pêcheurs qui sont loués par des Parisiens, des gens de classe aisée. Quand je découvre cet endroit, je trouve ça intéressant d’avoir ces gens d’une certaine classe sociale, tous regroupés sur une île. Surtout considérant qu’uniquement eux peuvent y rester dormir. De plus, il y a aussi une dimension intéressante au fait que ces locataires voient des gens débarquer et partir chaque jour. D’ailleurs, pour la petite anecdote, ces gens sont appelés les chiens jaunes, à cause de leurs cirés. Ce sont des gens qui n’ont pas les moyens d’y dormir.
En voyant cette île, j’ai une image de talons hauts dans les rochers et de fil en aiguille, je pense au personnage de Coqueluche, Laurine qui se retrouve sur cette île.
L’envie de faire L’épreuve du feu est venue 5 ans plus tard, j’ai revu Coqueluche et je me suis dit que certaines de mes décisions n’avaient pas été les plus adéquates, notamment le ton comique du film. Il y avait quelque chose de plus dense à raconter avec ces thèmes de classe sociale, de premier amour.
3. Quel a été le processus, plus technique disons, pour donner la vie à ce projet ?
- J’ai eu la chance de pouvoir m’appuyer sur le moyen métrage, de presque une heure. Bien que j’ai toujours appréhendé les deux films comme deux films très différents, j’avais tout de même une certaine base narrative, je savais ce que je voulais garder et les erreurs que je ne voulais pas refaire. Mon futur producteur, Bruno Lévy, voit mes deux moyens métrages et m’écrit un mail pour me dire qu’il avait beaucoup aimé Coqueluche. Moi, j’étais déjà en fin d’écriture d’une première version de L’Épreuve du feu. Bruno l’a lue et a décidé de produire le film avec Julie Lescat (productrice associée). Je pense que le fait que j’ai déjà fait un moyen métrage sur le sujet a joué dans cette décision.




4. Comment est-ce que tu rencontres Anja Verderosa et Félix Lefebvre ? Pourquoi tu décides de choisir ces comédiens ?
- Quand je commence à écrire le personnage, il s’appelle Olivier, je n’arrive pas à me détacher de mon précédent personnage dans Coqueluche. Puis un soir, je tombe sur Été 85 de François Ozon, dans lequel jour Félix. Pour essayer de visualiser quelqu’un d’autre, et aussi parce que j’apprécie sa performance, je décide d’appeler mon personnage Félix. Le casting dure longtemps, avec Emma Skowronek et Saul Paredes Burciaga, on voit entre 500/600 personnes tout rôles confondus. Et finalement, plus tard, on voit Félix en casting et il fait de superbes essais. Je sortais d’un film pour lequel j'avais pris une quinzaine de kilos (Rien à Perdre de Delphine Deloget) et cela résonnait avec le personnage de mon film.
Anja, c’est un an plus tard, on ne trouve pas de Queen. On a étendu la recherche non seulement à des comédiennes professionnelles, mais aussi des stars de télé-réalité, des esthéticiennes… Lors d’une nuit blanche, Bruno se souvient d’Anja qu’il suivait sur les réseaux sociaux. On la voit en casting le lendemain et elle fait l’unanimité. On les fait se rencontrer avec Félix et ça match.
5. À quel niveau cette histoire t’est-elle personnelle et vraiment à toi, plus sincère ?
Cette histoire est entièrement fictive, mais c’est la position de Hugo dans la classe sociale, cette position intermédiaire qui se rapproche de moi. Il est entre Queen, Kamil et la bande de potes et il ressent toutes ces différences. Moi, au collège, je me sentais entre les deux aussi, le bourge de certains et le pauvre d’autres.
6. Peux-tu me dire, avec tes mots, les thèmes qui te sont chers dans ce film ?
Le thème de la classe sociale et comment l’endroit d’où on vient définit notre perception des choses et aussi nos actes, inconsciemment.
La communication, le fait qu’on arrive ou pas à dire les choses. En l’occurrence, ici, elle finit par se rompre entre les deux personnages.
Puis finalement, du point de vue d’Hugo, le désir d’affiliation et d’appartenir à un groupe, d’être validé par le regard des autres (sur lui, son couple). Tout ça définit ses actes, c’est la seule chose qui compte. C’est peut-être ce thème plus que les autres qui a permis de toucher un public de différentes générations.
7. Qu’est-ce que tu espères que ton public retienne de ce visionnage ? En termes de morale ?
- Dans la fabrication du film, je ne pense pas vraiment au public et d’ailleurs ce qui est beau c’est que tous les spectateurs n’en ont pas forcément la même lecture et qu’ils se l’approprient.
Lorsqu’on l’a projeté au festival Nouvelles Vagues de Biarritz, qui est plutôt un festival de jeune, il y avait 1200 places parmi lesquelles beaucoup étaient des lycéens. Ils ont tenu à voir les acteurs pour leur dire qu’ils s’étaient retrouvés en eux.
Le lendemain à un autre festival à La Baule, beaucoup de personnes avaient la soixantaine, et on a eu une standing ovation. Beaucoup nous on dis avoir eu une vague de souvenirs, ils ont été touchés par les personnages. C’était très émouvant en 48h d’avoir des retours de spectateurs si différents.
Je ne pense pas en termes de morale, d’ailleurs au bout d’un moment de l’écriture c’est comme si les personnages guidaient seuls leurs actions. Mais j’ai lu une critique qui disait que le film est un appel à s’affranchir du regard des autres et à être soit-même, j’ai trouvé ça très beau. C’est un message d’espoir que je voudrais qu’il retienne, mon public, Hugo et tous les autres Hugo.
8. Explique-moi pourquoi tu choisis ce titre ?
- L’Épreuve du feu, littéralement, c’est tester sa résistance, c’est raconter tout le parcours de Hugo qui teste la relation, sa propre endurance face aux autres. Il teste ce nouveau corps qu’il s’est construit. C’est moche, mais ça aurait pu s’appeler Ça passe ou ça casse…
L’épreuve du feu, ce sont les premières vacances de couple face à l’adversité.
9. Est-ce que tu as des futurs projets en cours ?
Je développe un nouveau long métrage, mais ce sont les prémices pour l’instant. C’est très différent de L’épreuve du feu, le cast n’a pas que 20 ans par exemple, mais des thématiques se recoupent.
Je ne peux pas en dire plus si ce n’est que Bruno Lévy et Julie Lescat sont également à mes côtés pour développer ce nouveau projet.




MA CRITIQUE
Avec justesse, le jeune réalisateur Aurélien Peyre nous invite à constater à quel point l’Homme est en proie aux jugements, à l’instabilité affective et à l’amour (presque) aveugle.
Cette histoire, c’est d’abord celle d’un premier amour, et pour beaucoup d’entre nous, c’est aussi celle d’un souvenir. Les premières vacances, les premières déceptions, et puis finalement le premier combat. Contre tous, mais surtout contre soi-même.
Cette jeunesse, qui est finement représentée, traverse durant le film une tempête émotionnelle. C’est un âge où on se forge une identité, on a une personnalité très fragile qui est souvent influencée et presque manipulée par ce que nous inspirent les autres.
C’est le personnage d’Hugo (Félix Lefebvre) qui représente ces doutes.
Il est devenu quelqu’un d’autre en peu de temps et c’est presque une nouvelle peau pour lui, qui lui tapisse le corps. Mais ça, il ne s’en rend pas tout de suite compte. Il est toujours sensible, susceptible et rempli de doutes.
Pourtant, il plaît, et comme tout le monde, il en a besoin. Cependant, comparé à Queen (Anja Verderosa), Hugo, c’est à tout le reste du monde qu’il veut plaire, qu’il veut prouver sa valeur. Finalement, de son point de vue, c’est presque une sorte de vengeance, ou une nouvelle naissance.
Dans une société où l’apparence est reine, où la superficialité nous guette dans chaque domaine, nous sommes tous soumis à un choix : écraser les injonctions où les laisser nous envelopper.
Avec dureté, on suit le personnage d’Hugo qui virevolte entre ce qu’il pense, ce que les autres attendent de lui, et ce qu’il voudrait. Sincèrement.
La vraie question serait plutôt, comment rester intègre et fidèle à soi-même lorsque l’un des fondamentaux humains est d’être sociable, de s’intégrer et de faire partie d’une communauté.
On réussi à mettre ces questions de côté avec Queen. Un personnage qui sourit lorsque tout va mal, qui rie lorsqu’elle est assassinée. Une femme qu’en tant que spectateurs, on ne veut pas juger, parce qu’elle rayonne. À travers ses yeux, son sourire, son humour, elle dédramatise toutes les situations que les autres enclenchent. Elle représente, d’une certaine façon, l’idéal de ce qu’Hugo souhaiterait atteindre ; entière, imperméable, juste.
Ce film nous invite à retourner dans cet espace-temps où la vie nous impose un choix, le genre de décision qui forge et qui catégorise.
Finalement, pour qui vit-on ? Avec qui veut-on vivre ? Et comment décide-t-on de se présenter aux autres, surtout quand ils sont différents ?
Voyez L’Épreuve du feu et laissez-vous transporter par ce film à la fin surprenante.
Ethel Bouleux
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