Julian, l'Amour envers et contre tous
CRITIQUE NOUVEAUTÉS
Ethel Bouleux
3/28/20264 min read


Aujourd’hui, uniquement 39 pays sur 196 légalisent le mariage de personnes du même sexe. Lorsque le film Julian est tourné, c’en est seulement 22. C’est au sein de ces pays que Fleur et Julian décident de célébrer leur union, en se mariant à nouveau dans chacun d’entre eux, pour le meilleur et pour le pire. Ces unions deviennent un acte de résistance, une façon pour elles de promouvoir l’Amour à travers le monde, ou du moins, celui qui veut bien d’elles. Elles décident de porter leur projet avec une grande dévotion. Mais après quatre mariages, toutes les initiatives s’arrêtent brusquement ; Julian tombe malade et le temps se fige.
Fleur Pierets publie son livre sobrement intitulé « Julian » en 2023, une autobiographie sur l’histoire de son couple, pour que le monde sache que leur combat ne s’est jamais vraiment terminé. Une sorte de mémoire sur leur volonté, peut-être même plus que sur leur épopée. Lorsque Cato Kusters lit cette œuvre, elle reste bouleversée par cette essence d’amour. C’est ainsi que nait le film - lui aussi appelé Julian - avec un besoin immédiat de graver dans l’histoire cet amour fragile et paradoxalement, encore plus puissant.
En visionnant le film, on a le sentiment d’être presque témoin d’une vie et de tous les espoirs qu’elle porte, à la façon d’un documentaire. On n’a pas l’impression de voir deux comédiennes jouer, il y a une réelle alchimie qui crée quelque chose de vrai et de sincère.
D’ailleurs, le film n’a aucun impératif fictif puisque les personnages eux aussi se nomment Fleur et Julian. Il porte la voix de la romancière comme si elle y insufflait elle-même ses souvenirs.
Copyright The Reunion
Lorsque l’on commence Julian, on a l’impression que le destin se met en route. Qu’il y a déjà tout d’écrit à l’avance. C’est le hasard d’une rencontre, la légèreté d’un regard, la délicatesse d’un moment. En dessous les cheveux rasés de près, tombe une nuque qui vient d’enclencher l’avenir. Lorsque Julian propose Fleur en mariage, celle-ci va méticuleusement élaborer un projet qui prend la forme d’un long fichier : 22 pays, leurs frais de logement, de trajet, de nourriture, etc. Il faut aussi prendre en considération que Fleur est une journaliste passionnée, on la voit d’ailleurs essayer de porter le projet jusqu’à ses supérieurs, leur mariage devient un acte militant.
Le but est simple : une union symbolique dans chaque pays qui légalise tout simplement qui elles sont et ce qu’elles ressentent. On espère intimement qu’elles y arrivent. On essuie les refus avec la même ardeur. Le spectateur est considéré comme témoin, dans un sens presque spirituel. C’est une sorte de périple engagé qui débute, sauf que certaines images dévient la trajectoire.


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Le film est monté de façon à faire des allers-retours très fréquents entre passé et présent. En tout cas c’est ce qu’on pense au début, pour ensuite penser que c’est entre présent et futur. Mais la démarche du film nous apprend que finalement, la temporalité n’a plus d’importance. Il ne s’agit pas de se situer, mais plutôt de constater la volonté inébranlable qu’ont ces femmes, et particulièrement Fleur qui déjouera la fatalité de la mort. Et avec, celle de l’oubli, de tout qui s’arrête.
Certains souvenirs sont des images de caméscope, avec un fort grain et des couleurs mal retranscrites. C’est eux qui participent à l’amertume de la maladie, sans exagérer, sans essayer d’arracher aux spectateurs la tristesse. Encore une fois, dans une démarche presque de documentaire, avec transparence et sincérité. Paradoxalement, malgré ce montage qui nous rappelle sans cesse la nature même de ce qu’on est en train de regarder, on réussit quand même à oublier qu’il y a ici de la fiction et un chef d’orchestre pour tout ajuster.
La force du film réside dans son incroyable travail du réalisme. Dans la liberté qu’il accorde aux actrices d’exprimer une grande fragilité et une grande force en même temps. Il existe au sein des allers-retours temporels une forme de réminiscence, le film est comme ponctué par ces souvenirs. De ce fait, on perd presque de vue le personnage de Julian, qui semble parfois nous échapper dans un mystérieux brouillard. C’est avec Fleur, brillamment interprétée par Nina Meurisse, que l’on va tisser des liens. Aussi à travers son immuable force.
C’est peut-être la seule chose que l’on peut reprocher au film, le manque d’un duo, d’une unité. Si on ne peut incontestablement pas nier l’amour si pur et vital de ces deux femmes, on peut quand même interroger le rapport au personnage de Julian.
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Julian n’en est pas moins une démonstration puissante d’humilité et d’intimisme nécessaire à toute vie. Il nous rappelle également que derrière chaque combat, il y a un être humain, ses problèmes et ses espoirs. Alliant des sentiments assez contradictoires, - j’aurais presque envie de dire : humains - il nous montre avec force que l’Amour perdure dans le temps, à travers le monde, à travers les sexes. L’Amour avec un grand A est ce qui restera lorsque nous ne serons plus là.
Fleur Pierets est une journaliste et autrice militante et grâce à son livre et au film de la talentueuse Cato Kusters, le monde reçoit une pierre de plus à l’édifice de valeur et de tolérance que nous devons construire ensemble. Pour le meilleur. Pour TOUS.
Interview avec Cato Kusters à retrouver bientôt sur https://youtube.com/@leseclatsdecran?si=8C8-FTcBnzlKn9j_
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Ethel Bouleux
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