In The Mood For Love : les amours solitaires
CRITIQUES ANCIENS FILMS
Klara Bénard
3/21/20265 min read


C’est en 2000 que le pionnier de La Nouvelle Vague Hongkongaise, Wong Kar Wai, réalise In the Mood for love, film qui connaitra un succès sans précédent et qui le fera connaitre dans le monde entier.
Wong Kar Wai est réalisateur, scénariste et producteur. Il est reconnu pour son style visuel unique, basé sur des récits empreints de mélancolie et invitant à l’exploration de l’amour et du temps. Wong Kar Wai est né en 1958 à Shanghai et déménage à Hong Kong avec sa famille à l’âge de 5 ans. Après avoir étudié le graphisme, il s’adonne au métier de photographe puis se tourne vers le cinéma et devient scénariste dans les années 1980.
C’est en 1988 qu’il passe derrière la caméra en tant que réalisateur pour « As Tears go by » qui raconte l’histoire d’un jeune gangster qui s’enfonce de plus en plus dans la violence. « As Tears Go By » est un genre de polar que l’on pourrait comparer à Mean Street de Scorsese. A cette époque-là, le film policier était le genre cinématographique le plus en vogue à Hong Kong. « As Tears Go By » est loin d’être le meilleur film de Wong Kar Wai mais il réussit avec brio à se détacher des standards d’Hollywood grâce à sa vision unique de Hong Kong.


Le temps et la mémoire sont des thèmes majeurs du travail du réalisateur. Le temps passe très (même trop) vite, il déforme les souvenirs et éloigne de près ou de loin ses personnages qui peinent à créer des liens. C’est là toute la force de ses films : la présence créé l’absence : de mots, de temps et de sentiments.
C’est ce qu’In The Mood For Love veut nous montrer : l’histoire se déroule en 1962, à Hong Kong. Nous suivons l’histoire de Mr Chow, joué par Tony Leung, un journaliste, et Su Li-zhen, jouée par Maggie Cheung, une secrétaire. Ils emménagent avec leurs conjoints respectifs dans un immeuble voisin mais découvrent très vite que leurs époux ont une liaison entre eux. Chow et Su se rapprochent petit à petit mais s’interdisent de reproduire l’infidélité de leurs conjoints.
Wong Kar Wai explore l’amour inachevé. Les deux protagonistes, Chow et Su Li-Zhen, à force de se côtoyer, commencent à avoir des sentiments l’un pour l’autre, mais refusent de céder à leur passion. L’histoire repose sur la retenue, le désir contenu et les non-dits, renforçant l’intensité de leur relation.
Wong Kar Wai utilise très souvent des ralentis, des arrêts sur image, cadrant de façon très rapprochée : il filme souvent ses personnages dans des couloirs étroits, des chambres exiguës et des lieux bondés, symbolisant leur isolement émotionnel. Il aussi joue avec les reflets et les miroirs, créant une sensation d’enfermement et de dualité.
L’environnement dans le film joue un rôle clé. Les couloirs étroits, les espaces clos et les reflets dans les miroirs renforcent l’idée d’un amour réprimé et confiné. Les personnages se croisent souvent sans pouvoir réellement se rejoindre, symbolisant leur impossibilité d’être ensemble. Il utilise beaucoup les plans serrés, qui soulignent les gestes des personnages.
Dans ce film en particulier on ne voit jamais vraiment les personnages face à face dans le même champ. Un personnage est obligatoirement de dos, comme si cela montrait l’impossibilité d’une relation. Il créé des mises en scène en utilisant la narration traditionnelle : il préfère montrer des instants de vie plutôt que de suivre une intrigue linéaire grâce à ses ellipses, ses passages dans le temps et ses répétitions pour symboliser le temps qui passe et les souvenirs. Ses deux personnages sont solitaires, en quête de sens, errant dans une ville semblant à la fois pleine de vie mais profondément vide, de sens et de temps.
Au niveau colorimétrique, Wong Kar Wai utilise des teintes chaudes (rouge, jaune, vert) qui accentuent la sensualité et la nostalgie. Les robes de Maggie Cheung sont un élément central du film, soulignant l’évolution de son personnage (elle portera 20 robes différentes). Wong Kar Wai est un poète de l’image, il a une utilisation marquée des couleurs, qui sont souvent des couleurs saturées et vibrantes, évoquant la passion, la nostalgie et la solitude. Il y a aussi ses jeux de lumières et de néons qui créent une atmosphère intime et mélancolique, renforçant l’intensité des émotions des personnages.
Petite anecdote, Wong Kar Wai a une maladie oculaire et c’est donc pour cela qu’il porte toujours des lunettes de soleil. Ce n’est qu’une hypothèse mais il filme très souvent des scènes la nuit, sans doute parce que ses yeux sont trop sensibles au soleil.
Klara Bénard
Pour finir, la musique joue un rôle essentiel, les personnages bougent en fonction du tempo. « Yumeji’s Theme », de Shigeru Umebayashi, accompagne les scènes de solitude et de regret, ce qui renforce merveilleusement le côté lyrique du film.
In The Mood For Love est un des plus grands chef d’œuvre de Wong Kar Wai ; il y montre la solitude et son côté humain, car il ne « glamourise » ni les rencontres ni les environnements, il les montre de façon brute, sans artifice, mais tout en gardant des images d’une beauté inégalable.


Wong Kar Wai passe d’ailleurs encore sur grand écran, notamment à Paris, lors des rétrospectives organisées autour du réalisateur. Redécouvrez ses films, notamment au Louxor, jusqu’au 24 mars, mais aussi dans de nombreux autres cinémas hors de l’agglomération parisienne. Ainsi que sa nouvelle série « Blossoms Shanghai » composée de 8 épisodes et disponible sur Mubi.
S'inscrire à notre newsletter

