I Want Your Sex- Araki délie les langues

CRITIQUE NOUVEAUTÉS

Thibault Jeanroy

9/14/20263 min read

Araki, référence sacrée du cinéma Queer depuis le début des années 90, se faisait désirer. I Want Your Sex marque son retour derrière la caméra, onze ans après White Bird.

Ce dernier nous plonge dans l’univers barré et érotique d’une artiste avide de sexualité qui abusera sans remords ni limites de son assistant, le débutant et sentimental Eliott, au point d’en faire son esclave sexuel. Un rôle qui lui fera perdre le contrôle de son existence et le rendra complètement dépossédé d’amour-propre, au profit d’une relation irrationnelle.


UN FILM SOUS LA CEINTURE

« Fuck, fuck, fuck »

Dès les premières secondes, c’est ce que l’on entend. Le film s’ouvre sur un Cooper Hoffman en petite tenue rose, le nez en sang, qui constate, apeuré, que le corps de sa patronne, Erika, gît dans sa piscine. Tout le film est ensuite un long flash-back dans lequel Eliott confie à la police les moindres détails de sa sordide situation avec Erika.

Gregg Araki, ce cinéaste derrière les uniques et délirants Totally F***ed Up, The Doom Generation et Nowhere, qui forment la trilogie d’une adolescence apocalyptique en totale décadence, à la sexualité débridée : on le reconnaît si bien dès les premiers instants de I Want Your Sex.


Ce nouveau film, qui met avant tout en scène le désespoir sexuel d’un homme, expliquant pourquoi il deviendra l’esclave sexuel de sa patronne, parle aussi de sadomasochisme, délie les langues et abat les tabous. Araki, réalisateur ouvertement gay, fait un film à son image .

Le personnage d’Eliott, conforme à l’image de l’hétéro qui déambule au hasard dans un monde queer et libertaire, est sans doute le protagoniste le plus drôle de la filmographie d’Araki.


Araki, ce cinéaste de l’absurde et du grotesque, s’en donnait autrefois à cœur joie, et il n’a rien perdu de sa grammaire visuelle. Mais il en fait ici un élément de peur pour notre héros, qui finit par ne plus vraiment savoir où il a mis les pieds et qui finit par abandonner toute tentative de compréhension face à sa situation chaotique.

I Want Your Sex, mi-tragédie, mi-comédie, ne laisse aucune place aux tabous et continue de transgresser les codes, mais laisse cette fois-ci davantage de place à l’humanité et à des sentiments plus normés. Un film qui s’insère avec une certaine audace dans une société plus ouverte et large d’esprit que. Le cinéma lui-même ouvre davantage son champ à la communauté LGBT et la sexualité en règle générale hmm.

Rien de surprenant, donc, à voir un cinéaste comme Gregg Araki revenir avec une telle proposition aujourd’hui, en atteignant le paroxysme de ses idées. Parmi les grandes idées de cette nouvelle œuvre progressiste, il y a aussi le fantasme.

Le fantasme, la domination et l’épanouissement sexuel ; revendiquer son identité via l’art, ouvrir le champ des possibles aux plus timides, côtoyer les libertaires.


                                                                                                                                                                  Thibault Jeanroy

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