Hamnet : L'art du deuil
CRITIQUES COURTES
Baptiste Brocvielle
1/30/20262 min read


Hamnet est un film limpide. Fidèle à elle-même, Chloé Zhao ne cherche jamais à dissimuler ses messages ou à complexifier inutilement son récit. Elle filme les corps, les décors, la nature avec une tendresse qui rend l’image si sensible, que tout transparaît. Dans les premiers instants de leur rencontre à la lisière d’une forêt, Shakespeare s’adresse ainsi à sa future femme : « Parler à des gens peut être compliqué pour moi ». Agnes, résumant en quelques mots l’enjeu du film, lui répond : « Alors raconte-moi une histoire ». La réalisatrice, qui adapte le roman de Maggie O'Farrell, s’attache en effet à mettre en scène les forces de l’imaginaire. Celles qui permettent à l’homme d’assumer tant bien que mal son humanité. Et surtout sa mortalité.
Hamnet est une relecture. Une relecture de la pièce de théâtre quasi homonyme, à la lumière des événements de la vie de celui qui l’a écrit. Une relecture, de plus, du mythe d’Orphée et Eurydice. Histoire que William a choisi de conter à Agnes, ses échos parcourent le récit de part en part. Plus que des échos, le mythe est littéralement transposé au deuil de la famille. Ce besoin viscéral de revoir l’être aimé, ces « regarde-moi » prononcés quand il tourne le dos. Et ce, peu importe les conséquences.
Un mysticisme qui imprègne le film et cristallise le pont entre réel et surnaturel. La pièce de théâtre prend racine et s’entrelace dans la tragédie que subissent les Shakespeare. Car incapable de lui faire face, le couple doit se projeter dans une histoire qui devient exutoire. Leur deuil intime est mis en scène, livré aux yeux de tous. Et sa puissance dramatique devient universelle. Dans l’auditorium comme dans la salle de cinéma, une communion cathartique opère.
Hamnet est enfin une œuvre clivante. Son procédé – certes efficace - est jugé trop simpliste, trop calculé pour certains. Des reproches pour la plupart pertinents. Doit-on pour autant éclipser ses qualités, le résumer à un « film à Oscars », quand Chloé Zhao parvient malgré tout à faire ce pour quoi le cinéma existe : convoquer des émotions. Telle est la question.


Baptiste Brocvielle
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