Hair (1979)

CRITIQUES ANCIENS FILMS

Luzinha Gomes

1/24/20263 min read

Réalisé en 1979 par Miloš Forman, Hair s’inscrit dans le mouvement du Nouvel Hollywood, période durant laquelle le cinéma américain s’est emparé de sujets politiques et sociaux majeurs, notamment la guerre du Vietnam, conflit qui a profondément marqué la société américaine et son imaginaire collectif.

Forman, réalisateur d’origine tchèque, déjà reconnu pour des films comme Vol au-dessus d’un nid de coucou ou Amadeus, propose ici une adaptation cinématographique de la célèbre comédie musicale Hair, en conservant son énergie festive tout en lui donnant une dimension tragique et politique très forte.

Le film raconte l’histoire de jeunes hippies, à peine sortis de l’adolescence, qui évoluent dans l’Amérique des années 1960. Ces jeunes adultes sont en quête de liberté, d’identité et de pacifisme, et refusent de se conformer à une société qui cherche à les envoyer combattre au Vietnam. Ils ne se reconnaissent pas dans ce conflit lointain et imposé, et perçoivent l’absurdité de mourir pour des intérêts qui ne sont pas les leurs. Hair met ainsi en scène un profond décalage entre l’aspiration à la vie, à la joie et à l’amour, portée par le mouvement hippie, et la violence d’un système politique et militaire qui exige le sacrifice de sa jeunesse.

L’un des aspects les plus marquants du film réside dans son utilisation de la comédie musicale. Les chansons abordent des thèmes variés tels que l’amour, l’espérance, la sexualité, la liberté, mais aussi l’inclusion. Cette inclusion est particulièrement significative dans le contexte de l’époque : nombre de ces jeunes ont grandi dans une Amérique encore profondément marquée par la ségrégation raciale, dont la société commence à peine à sortir. En ce sens, Hair ne se contente pas de représenter une jeunesse festive, mais défend une vision du monde plus ouverte, collective et égalitaire, en rupture avec les valeurs dominantes de l’après-guerre.

La mise en scène renforce fortement ce message. De nombreuses scènes chantées sont collectives : les personnages marchent ensemble, chantent ensemble et vivent ensemble. Le groupe est omniprésent, presque protecteur. Cette représentation constante de la communauté symbolise une forme de résistance face à l’individualisme et à la logique militaire. À l’inverse, les rares scènes où un personnage se retrouve seul à l’écran sont particulièrement significatives et souvent plus graves, soulignant la fragilité de l’individu face aux décisions imposées par le pouvoir.

Ce contraste entre la gaieté apparente du film et la lourdeur des sujets abordés donne à Hair toute sa force. Sous ses airs de célébration de la jeunesse, le film révèle progressivement sa dimension tragique. La scène finale, sans qu’il soit nécessaire d’en dévoiler les détails, cristallise cette tragédie : elle incarne le sacrifice de la jeunesse, envoyée mourir dans un conflit qui ne la concerne pas, parfois même à la place d’autrui. La comédie musicale laisse alors place à un drame politique, soulignant l’absurdité et la cruauté d’un système prêt à broyer ceux qu’il est censé protéger.

En définitive, Hair est bien plus qu’un film musical ou un témoignage de l’époque hippie. C’est une œuvre profondément politique, qui interroge la légitimité de la guerre, le pouvoir de l’État sur les corps et la manière dont une société traite sa jeunesse. Par son mélange de joie, de musique et de tragédie, le film de Miloš Forman demeure d’une actualité frappante, rappelant que derrière chaque conflit se cache souvent le même drame : celui de vies sacrifiées au nom d’intérêts qui les dépassent.

Luzinha Gomes