Gourou de Yann Gozlan

CRITIQUE NOUVEAUTÉS

Thibault Jeanroy

1/27/20263 min read

On se demandait si Yann Gozlan n’avait pas perdu de l’élan après le palpitant et remarquable Boîte Noire. Visions et Dalloway paraissaient bien creux à côté. Sujets pas si pertinents, écriture moins creusée, il y avait quelque chose en moins… Puis Gourou s’est déroulé devant nos yeux, et là, quelque chose s’est à nouveau produit !

On y retrouve un Pierre Niney métamorphosé en coach de vie, qui s’abreuve de la vulnérabilité de son audience pour construire son empire, mais il perd évidemment le contrôle de son succès et de sa vie en général, et sombre dans une avidité de règne qui lui coûtera beaucoup.

Le retour de Yann Gozlan

Quand Niney devient un magnat ahuri

Sitôt l’ouverture, on voit que Gozlan est revenu avec un film fort et hautement percutant ! Filmant Niney comme un charlatan ahuri, influençant une audience prête à l’écouter au mot près. Un personnage complètement incarné se dessine devant nous, un gourou dédoublé de son personnage au quotidien, prêt à vendre des déboires familiaux sur les plateaux télé pour accrocher une société toujours plus influencée et accro aux ragots. Un protagoniste qui n’est pas sans rappeler celui incarné par Tom Cruise dans Magnolia ou même Leonardo DiCaprio dans Le Loup de Wall Street, eux aussi gourous et têtes de grosses sociétés.

C’est ce qu’illustre parfaitement Gozlan, qui pousse son sujet au paroxysme de l’extrême. Tout va loin : le personnage, ses actions, ses mensonges, les opportunités qui se présentent à lui et le scénario qui ne cesse de rebondir sur des actions plus violentes et inattendues les unes que les autres. Gourou, c’est ce film qui donne des sueurs froides dès qu’un problème se présente et qui ne vous lâche plus jusqu’au dénouement. C’est ce qui manquait précisément aux deux précédents films de Gozlan, et c’est ce qui est présent ici.

L’angoisse, la bascule d’un instant à l’autre, le protagoniste qui perd le contrôle, c’est ça qu’on aime voir dans les thrillers, et Yann Gozlan est très doué pour faire ça, et Gourou est une nouvelle démonstration de force.

Autant dans la mise en scène, qui est globalement soignée et articulée autour d’un Niney qui disparaît derrière son personnage, que dans cette précision à souligner la particularité de cet univers et de ses risques. Gourou, ou l’art de filmer la folie et les penchants d’une société influençable. Un thriller qui s’ancre dans une époque où les réseaux sociaux sont devenus des outils dominants dans le monde entier.

Et c’est par le biais de ces canaux que ces professionnels prennent le pouvoir sur nos façons de penser et d’agir. Ici, Matthieu use de son aura pour inciter son public à faire l’impossible, pour ne pas décevoir ceux qui croient en lui, parce que justement, la génération réseaux sociaux laisse ses décisions guidées par les mots d’autrui et non par le fruit de leurs réflexions.

En cela, Gourou est un film alerte, qui appuie sur la folie de l’homme assoiffé d’importance et sur une société imprudente. Primordial dans ce que cela dit sur notre société, et efficace dans son illustration extrême.

Thibault Jeanroy

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