Flow : Respirez, vous êtes en paix
CRITIQUE ANCIENS FILMS
Thomas Cordet
11/15/20254 min read
Avec plus de 50 prix internationaux dont quatre à Annecy, un César, un Golden Globes et un Oscar, le monde a reçu Flow comme un cadeau tombé du ciel. Sous-titré en français Le chat qui n’avait plus peur de l’eau, le film du réalisateur letton Gints Zilbalodis a rebattu les cartes du cinéma d’animation grâce à une proposition unique, sincère et audacieuse. 80 minutes de fascination visuelle, sans aucun mot, sans aucun être humain. Un instant de paix et de réflexion qui vous embarque dès la première minute.


Le premier plan, le voici. Dans le reflet d’une flaque, notre personnage principal se contemple. Deux petits miaulements suffisent à faire craquer toute l’assistance. Ça ne fait aucun doute, en à peine 5 secondes, tout le monde est conquis. En même temps, regardez-le : ses pupilles grandes ouvertes, son air joueur et espiègle… comment résister ! Pour Flow (rien n’indique qu’il s’agisse de son vrai nom à part le marketing, partons donc du principe que tel est le cas), l’eau n’est alors qu’un joli miroir au ras du sol, mais aussi une peur farouche. Tremper ne serait-ce qu’une seule patte lui serait impensable, même pour y pêcher un poisson.
Mais la catastrophe ne prévient pas : un raz-de-marée inonde cette forêt luxuriante et contraint Flow d’abandonner sa demeure. Parlons-en, tiens, de cette demeure : qui pouvait bien vivre ici ? À en juger par les innombrables sculptures félines, les croquis, les outils, était-ce un artiste ? Depuis quand Flow vit-il seul ? Et bien sûr, la question fatidique : ces traces d’humanité abandonnées présagent-elle d’une absence totale d’être humain ?




Le monde de Flow est un monde de mystères et de légendes. C’est un monde qui a vécu, dont le passé est disséminé à travers le film. Sans aucune explication, on embarque avec une poignée d’animaux rescapés dans une aventure épique à bord d’un radeau de fortune, traversant les forêts inondées et les ruines d’une civilisation disparue. Il s’agit bien sûr d’une leçon de vivre ensemble, où chaque individu doit accepter les différences des autres pour faire face à l’adversité. Mais au-delà de cette morale animalière (qui n’est pas sans rappeler La Fontaine), un tout autre niveau de lecture se déploie. C’est alors que cette méticuleuse absence de paroles stimule notre imaginaire et nous parle au plus profond de nous-même, sans prononcer un seul mot.


C’est la plus grande force de Flow : son rejet de l’anthropomorphisme animalier. Pourquoi forcer nos expressions humaines dans un monde rempli d'instinct et de non-verbal ? On comprend ces animaux, leurs dialogues sont clairs et leurs émotions palpables, tout ça grâce à un travail d'animation hors du commun, à une mise en scène intelligente et à des musiques merveilleuses. Gints Zilbalodis nous offre un moment de paix, d’introspection et d’émerveillement digne du royaume inondé de Ponyo sur la falaise. Une bulle calme et idyllique aux portes de la fin du monde. Un questionnement philosophique sur notre place sur Terre et sur les traces que nous laisserons derrière nous. Et tout ça… grâce à un chat, un labrador, un capybara, un lémurien, et un messager sagittaire, ce grand rapace africain. Une véritable société muette.


Ce monde reste immersif et réaliste malgré son scénario fantastique. Les vestiges d'humanité que cette arche de Noé miniature traverse nous questionnent sur ce qui a bien pu se passer (même si la réponse n'est que trop évidente), et à la fin du film, impossible de ne pas se questionner sur le message qui se cache derrière ce périple. Outre la vie en société, l'amitié, la compassion, l'égoïsme, et si on pouvait aller plus loin ? Et si ce plan post-générique remettait tout en question ? À vous d'en décider en prenant part au voyage.
D'une beauté et d'une douceur sans nom, Flow est une parenthèse angélique qui fait du bien. Après un tel apaisement, je me souviens de la difficulté que j’avais éprouvée au moment de sortir de la salle. Pour retrouver notre monde sale et bruyant, non merci. L’expression “Le vrai trésor, c'était les amis qu'on s'est faits en chemin” n’a jamais été aussi pertinente. Et si vous avez compris la fin comme moi, je propose qu’on crée un groupe de parole pour en discuter. Ne manquez surtout pas Flow : un bonheur pour les yeux, un doux repos de l’âme, une perle rare.


Flow, le chat qui n'avait plus peur de l'eau, est actuellement disponible sur Canal+.
Thomas Cordet




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