Et je deviendrais belle : des mots au maux.
CRITIQUE NOUVEAUTÉS
Chloé Cluzel
10/29/20253 min read
Réalisé par Mathilde George et sorti en 2025, Et je deviendrais belle est le court-métrage du changement. De l’intime et du jugement. Dévoilant une performance grandiose quant à son traitement de la couleur et du dessin, Et je deviendrais belle, parvient également, par son sujet et ce qu’il tend à dénoncer, à rendre compte d’une douce vague de colère, elle-même délicatement mêlée à ce que l’obsession a de plus déchirant. Pas assez belle. Pas assez mince. Pas assez parfaite. En d’autres termes, ce film nous mène à repenser la place de soi vis-à-vis de l’autre et inversement.
À quel point faut-il se rendre malade pour espérer pouvoir un jour se complaire dans le regard des autres ? Ou encore, que reste-t-il de soi, quand on ne se voit qu'à travers le regard d’autrui ?


En l’espace de 10 min seulement, un regard lourd et tranché se pose sur ce que la société a de plus cruel à reprocher au corps féminin, à savoir : un culte de la beauté intimement lié au culte de la maigreur. Depuis toujours, quelle que soit sa forme, sa taille ou sa couleur, le corps de la femme reste le principal sujet de ceux qui ne le possèdent pas. Bien que cela n’efface en rien le regard que la femme peut se porter à elle-même, il en va, pour une fois, de permettre au plus grand nombre d’entre elles (celles dont on ne parle pas) d’être mises en avant à une place toute particulière. Et je deviendrais belle, expose alors pleinement et librement cette obsession du changement. Une obsession qui résulte la plupart du temps à la suite d’un avis extérieur inutilement donné et donc, nullement demandé.




Le film explore le parcours étourdissant de la jeune Agathe pour perdre du poids. N’étant pas amené tel un problème en soi au début de l'histoire, le poids d’Agathe ne deviendra, pour elle, une obsession qu'à la suite d’une succession de points de vue de ceux qui l'entourent, quant à ce sujet. Ce qu’il y a d’admirable dans ce film, c’est la parfaite illustration, sensible et colorée, de ce que le dégoût de soi, au dépend du regard des autres, a de plus destructeur. Chaque tableau est d’une dureté qui peut sembler difficile à comprendre pour nul n’ayant jamais, rien qu’un instant, déshumanisé son propre corps. Ou qui n'a jamais, rien qu’une fois, espéré atteindre un idéal autre que d'être soi.


Mais encore une fois, la question se pose. À qui cet idéal doit-il servir ? Et quand pouvons-nous prétendre l’avoir atteint ? Ici, c’est lorsque l’on se rend compte, en même temps qu’Agathe, que la victoire est belle mais pas suffisante, qu’à nouveau, une fois ce qu’on penserait être l’objectif atteint, il en va aussi de reconnaître que pour certains, et comme le lui suggère l’application, elle pourrait avoir des formes « encore plus parfaites ».


C’est là un court-métrage intense et brillamment imaginé. Une ode à l’amour de soi. Un éloge à la beauté du corps féminin et malheureusement aussi aux retranchements dans lesquels l’esprit de ce dernier se perd, jusqu’à errer, puis disparaître. Le dessin des courbes d’Agathe s’évapore derrière ce qu’elle tend à devenir. Par choix ou par influence, elle se perd par l’affaiblissement de son corps, dans la solitude de son obsession. Le voulait-elle vraiment ou voulait-elle seulement, elle aussi, ressembler à ce que la société de consommation énonce comme idéal ?
En finalité, Agathe est l’image même de toutes ces jeunes filles qui n’ont jamais su se retrouver dans ce que la société énonçait et énonce encore aujourd'hui comme étant parfait. Et je deviendrais belle, c’est l’histoire de ces filles et de ces femmes qui sont au quotidien poussées à se justifier plutôt qu'à s’assumer et à se détester plutôt qu'à s’aimer.
Chloé Cluzel
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