Drunken Noodles, Lucien Castro (2026)
CRITIQUE NOUVEAUTÉS
Valentin O'Quin
5/2/20262 min read


Le postulat de ce film-portrait, aussi intime que générationnel, est simple : un jeune étudiant débute un stage dans une galerie d’art new-yorkaise où est exposé un plasticien plus âgé. Le passé et le présent du héros s’entrelacent, à travers une série de rencontres et de souvenirs, à la fois artistiques et érotiques. L'occasion d'ouvrir des brèches dans sa relation au quotidien.
Ce film séduit d’abord par sa manière singulière d’appréhender le temps. Le film procède par fragments, captant des instants de vie qui semblent d’abord disjoints avant de se révéler, peu à peu, liés. Cette construction éclatée, presque flottante, est renforcée par une mise en scène très naturaliste : la caméra, au plus près des corps et des visages, donne le sentiment d’attraper le réel à la volée, dans ce qu’il a de plus brut et organique.
Dans ce travail réussi à la temporalité, les incursions du passé, ne viennent pas simplement éclairer le présent : elles le troublent, créent des échos, des résonances inattendues. Il en naît une étrangeté diffuse qui participe pleinement à l’élégance du film.
Si Drunken Noodles fonctionne aussi bien, c’est également grâce à sa liberté de ton, notamment dans sa manière d’aborder les relations humaines et érotiques, sans jamais les enfermer dans un cadre explicatif trop rigide. Le film alterne scènes charnelles, parfois cru, avec d'autres, beaucoup plus suggérées et poétiques. À l'image de ce que la vie peut nous offrir.
On peut néanmoins regretter que la dimension artistique, pourtant centrale dans le point de départ, reste en retrait. Le rapport du protagoniste à l’art - sa vision, sa sensibilité, ses désirs créatifs - demeure étonnamment opaque. Là où le film semblait promettre une immersion dans les coulisses du milieu artistique new-yorkais, il bifurque vers une exploration plus intime et sensorielle, certes très réussie, mais qui laisse une légère frustration.
Ce troisième long-métrage du réalisateur argentin Lucio Castro reste un film délicat, parfois troublant, qui impose une atmosphère langoureuse et un regard contemplatif, et dont la liberté formelle compense largement ses zones d’ombre.


Valentin O'Quin
© Outplay Films
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