Dix pour cent, le film était-il vraiment nécessaire?
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CRITIQUE NOUVEAUTÉS
Kassandre Lou Vinatier
9/16/20264 min read


Passée d’agent de stars à réalisatrice, Andréa Martel (Camille Cottin) peine à démarrer le tournage de son premier long-métrage. Les galères s’enchaînent et elle se voit obligée de se tourner vers Noémie Leclerc (Laure Calamy), ancienne secrétaire de l’agence de talents dans laquelle Andréa travaillait, reconvertie en productrice à succès. Cinq après la fermeture de leur boîte, les anciens agents d’ASK se mobilisent pour sauver le film de leur ancienne collègue, mais les rancoeurs et vieilles histoires refont surface et mettent en péril ce tournage déjà chaotique.
Diffusée entre 2015 et 2020 sur France 2, puis sur Netflix et également sur les chaînes nationales suisse et canadienne, la série Dix pour cent connaît un véritable succès mondial. On y suit les péripéties d’agents de célébrités, tiraillés entre leurs jobs prenant avec les caprices de stars qu’ils doivent essuyer et leurs vies personnelles désordonnées. Centré sur un Paris glamour illuminé par les lumières des projecteurs et les scintillements de la tour Eiffel, chaque épisode se focalise sur une star du cinéma français jouant son propre rôle. Mais malgré les têtes d'affiches comme Jean Dujardin ou Cécile de France, ce sont bien les agents les premiers rôles de la série. Le pari de mettre en avant des comédien.ne.s moins connu.e.s face à des acteurs et actrices confirmé.e.s fonctionne mieux qu'espéré et fait la renommée du programme. Les succès s’enchaînent et la série devient culte en France et même aux Etats-Unis.
Laissés sur leur faim avec l’épisode final de la saison 4, le public est au rendez-vous pour une toute dernière aventure de l’équipe d’ASK.
Mais la vraie question est: est-ce que ce film apporte une valeur ajoutée à la série?
© Netflix


Pour commencer, la mise en place de l’intrigue traîne en longueur. Pourquoi? Car il faut que les spectateurs se souviennent de tel et tel personnage, ses relations avec les autres, ses ambitions, ses rancœurs, etc… Résultat, des scènes trop explicatives et peu digestes qui cassent le rythme. Une fois le cadre finalement posé (au bout de vingt minutes) tout s’enchaîne à vitesse grand V. Pas le temps de respirer, le spectateur est bombardé d’informations de tous les côtés, aussi bien narratives que visuelles. En parlant de visuel, le film est d’une fadeur affolante. Des champs / contre champs en courte focale sur trépied en veux-tu en voilà. Les plans semblent avoir été pensé pratique plutôt qu’esthétique. Certes, on ne peut pas forcément faire de la composition de cadre à la Wes Anderson à chaque prise de vue, mais un peu de créativité que diable! Emilie Noblet, la réalisatrice, sait très bien le faire quand on voit son travail sur la série Les 7 vies de Léa. L’image est colorée, dynamique et les différentes valeurs de plans racontent une histoire à elles seules.
En parlant du scénario pur, c’est plutôt moyen. L’histoire est sympathique mais on a l’impression qu’ils essayent de caser une saison de six épisodes d’une heure en un film de seulement deux heures. Les tensions entre les personnages sont expédiées et ce qui devrait être un arc narratif dramatique se résout en quelques scènes avec bien un début et une fin mais le néant entre. Que ce soit la scène de réconciliation entre Mathias et Noémie, Andréa et Gabriel et Vincent Macaigne et Laetitia Casta, aucune d’entre elles n’est sincère ou indique une profonde remise en question ou fait ressentir un quelconque sentiment de contentement quant à cette résolution positive. On s’en fiche parce que dans le flot de détails, de personnages, d’intrigues, on avait complètement oublié la cause du problème. La résolution, si on peut appeler ça comme ça, laisse une fin ouverte où tout semble être "tout beau, tout rose" pour tout le monde. Mais encore une fois, tout s’enchaîne tellement vite avec tellement de trames diverses que la finalité n’a guère grand intérêt.
© Netflix


Kassandre Lou Vinatier
Ce qui sauve le film, et qui a fait la force de la série, c’est l’alchimie et la très bonne écriture des personnages. On sent que les relations ont été étudiées et réfléchies minutieusement, rien n’est laissé au hasard. Ajoutant à cela l’excellente performance du casting initial, avec une Laure Calamy déjantée et un Nicolas Maury névrosé, le tout donne un coup de peps et d’humour, ce dont le scénario manque cruellement. Casta et Macaigne, les deux stars du film, complètent très bien l’ensemble mais disparaissent subitement au trois quarts de l'histoire pour une raison assez obscure. On peut cependant regretter la mise en avant plus qu’évidente des deux actrices qui ont connu un grand succès après la série: Laure Calamy et Camille Cottin. Dommage, car leurs trames respectives prédominent sur celles des autres personnages, laissant paraître un sentiment d’inégalité. Sans parler du passage d’Eva Longoria et George Clooney qui ne sert strictement à rien, à part faire plaisir à l’audience états-unienne.
La question subsiste alors: Dix pour cent, le film était-il nécessaire? En toute objectivité, non.
L’épisode final se suffisait à lui-même et le film ne clôt pas ce que la dernière saison laissait en suspens. Pire, il tente une ouverture dont on a, fondamentalement, rien à faire.
Bref, un mauvais calcul de la part de Netflix qui ternit la réputation d’une excellente série.
© Netflix
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