Critique : À Pied D'œuvre de Valérie Donzelli
CRITIQUE NOUVEAUTÉS
Thomas ROBERT
2/16/20262 min read


À pied d’œuvre, huitième long-métrage de Valérie Donzelli, sortie le 4 février dernier, est une adaptation du livre éponyme de Franck Courtès, publiée en 2023. Le film suit Paul Marquet, un ancien photographe incarné par Bastien Bouillon, qui enchaîne des petits boulots mal payés, dans l’espoir de dégager assez de temps pour écrire son grand roman.


Je ne suis pas familier du cinéma de Valérie Donzelli. J’étais resté assez sceptique devant L’amour et les forêts, une autre adaptation de la réalisatrice sortie en 2023. Ce qui m’a attiré dans À pied d’œuvre, c’est la thématique que suggérait la bande-annonce : comment gagner sa vie tout en s’épanouissant artistiquement ? Cependant, j’ai été surpris qu’une grande partie du film s’attarde sur les réactions de l’entourage bourgeois face à la précarité de leur proche, plutôt que d’approfondir cette question centrale.
Mon principal reproche concerne la caractérisation des personnages secondaires – père, sœur, femme, fils, fille, ami d’enfance - qui apparaissent comme des archétypes superficiels, ne servant qu’à confronter le protagoniste à ses propres choix à travers des dialogues convenus. Certains y verront un parti pris narratif. Pour ma part, je le ressens comme une paresse scénaristique, qui m’empêche d’éprouver de l’empathie à l’égard de ces personnages.
En revanche, les personnages tertiaires – les clients chez qui Paul va tondre la pelouse ou monter un meuble – sont empreints d’une originalité qui dénote avec le ton réaliste du récit. Leur apparition donne lieu à des séquences absurdes traversées de poésie et de douceur. Cependant, elles peuvent s’apparenter à une romantisation de la précarité qui laissera une gêne chez certains spectateurs, en dépit de la réalisatrice qui ne prétend pas représenter une réalité sociale.


Malgré ces inconvénients, je me surprends à suivre avec amusement les aventures de Paul. Notamment grâce à l’interprétation saisissante de Bastien Bouillon, qui nous aspire dans son jeu avec sensibilité. La mise en scène l’accompagne avec discrétion jusqu’à la fin, où la narration linéaire se brise pour révéler une séquence surprenante qui, enfin, questionne plus profondément le thème.
À pied d’œuvre porte un regard bourgeois sur la précarité volontaire, en interrogeant la place de la réflexion, du temps et de l’errance nécessaire à la créativité, dans une logique capitaliste qui ne jure que par la rapidité et le profit.
Thomas ROBERT
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