86 printemps, Jean-Luc Godard, Jean-Baptiste Thoret (2017)
CRITIQUE NOUVEAUTÉS
Alyssande Dauriac
1/16/20263 min read
Alors que le réalisateur et chercheur Jean-Baptiste Thoret, spécialiste du cinéma américain et en particulier du Nouvel Hollywood est en pleine écriture du documentaire En ligne de mire, comment filmer la guerre ? en 2016, il mène avec Nicole Brenez une série d’entretiens avec des cinéastes et interroge entre autres Jean-Luc Godard pour l’occasion ce dernier durant toute une après-midi aux abords du Lac Leman dans sa demeure. Des années plus tard, Thoret décide de monter des morceaux choisis de cette interview afin d’en faire un documentaire propre sur le cinéaste de la Nouvelle Vague. Il revendique un geste simple : « écouter attentivement ses réponses, tenter de le suivre dans ses digressions, ne pas hésiter à lui demander de préciser un propos ou une formule, en un mot, m'adapter. »
Il s’agit moins d’un documentaire que d’un entretien fleuve d’une heure trente très décousu, parsemé d’extraits filmiques ; l’absence manifeste de fil discursif contribue à la confusion de l’ensemble qui consiste en une accumulation de poncifs et de réflexions, parfois certes très intéressantes, mais qui semblent finalement laborieuses, n’accouchant jamais, embryons de maïeutiques entremêlés de passages de films. Le montage et les bouts d’interviews sont très hétéroclites et n’aident en rien à l’intelligibilité et la cohérence de l’ensemble ; truffée de références, la parole érudite de Godard donne parfois l’impression d’assister à un monolithe de savoirs abscons et informe et la mise en scène ne sauve pas un documentaire qui se regarde comme un patchwork d’idées, de propos pris au détour d’une discussion, se contentant d’accumuler deux plans sur le réalisateur en duplex devant un bureau chez lui, cigare à la bouche.






Alyssandre Dauriac
Les thématiques abordées ont trait à des sujets aussi variés que la guerre, le geste cinématographique et son opposition au langage, la vieillesse, la résistance, le cinéma états-unien, la culture, le travail. Néanmoins, l’aspect politique du travail de ce grand nom du septième art est mis en avant, quelques anecdotes et souvenirs contés prêteront assurément à sourire. Pour peu que l’on connaisse déjà le personnage l’on n’apprendra rien de nouveau cependant sur cette figure majeure, et le réalisateur d’A bout de souffle ne sort pas véritablement des sentiers battus même s’il ne dément rien de son œuvre et de sa passion dévorante pour le cinéma. Ce projet aurait sans doute gagné à être plus académique, à s’embarrasser d’une linéarité et d’un parti pris pour donner à voir autre chose qu’une longue logorrhée si déconstruite qu’elle paraît inachevée.
Geste imprécis, aussi anarchique que l’est son sujet, il ressort de ces quatre-vingt-six printemps un sentiment de grande confusion malgré des échanges sympathiques : au moins le documentaire aura-t-il mérite de donner envie de (re)découvrir la riche filmographie de Jean-Luc Godard et de présenter un cinéaste incontournable et iconoclaste cinq ans avant sa mort, vieillissant mais toujours aussi goguenard.
Le documentaire 86 printemps, Jean-Luc Godard est en libre accès sur Youtube.
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